Supervision renforcée des CDC en zone CEMAC : une avancée capitale, mais délicate
- Le corporate
- 17 juillet 2025
- Editorial
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Réunis le 12 juillet 2025 à Malabo, sous la présidence du ministre des Finances de Guinée équatoriale, Ivan Bacale Ebe Molin, les ministres de l’Union Monétaire de l’Afrique Centrale (UMAC) ont adopté une réforme majeure : la mise en place d’un cadre commun de supervision des Caisses des Dépôts et Consignations (CDC) au sein de la zone CEMAC. Une étape stratégique pour renforcer la crédibilité et l’efficacité de ces institutions, dont la vocation première est d’assurer une mission d’intérêt général en finançant des projets structurants (infrastructures, logement social, transition énergétique ou économie numérique).
Un cadre commun pour des acteurs encore rares mais essentiels
À ce jour, seules deux CDC sont véritablement opérationnelles dans la sous-région : la CDC du Gabon et celle du Cameroun, encore en phase de développement. D’autres pays, conscients du potentiel de ce modèle, mènent actuellement des réflexions pour créer leur propre Caisse : la Guinée équatoriale, pays hôte de cette session, mais aussi le Congo, le Tchad et la République centrafricaine. Tous voient dans cet outil un levier pour diversifier le financement de leurs économies et soutenir leurs grands chantiers nationaux.
Ces Caisses ont pour mission de sécuriser et gérer des fonds publics et parapublics (dépôts réglementés, consignations judiciaires, fonds de retraite, etc.) et de les réinvestir dans des projets essentiels au développement, contribuant ainsi à la transformation économique et sociale des pays de la sous-région.
Supervision par la COBAC : rigueur bienvenue, mais débats ouverts
Le nouveau règlement confie la supervision des CDC à la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale (COBAC). Objectif : instaurer une gouvernance plus rigoureuse, renforcer le pilotage des risques et aligner ces institutions sur des standards prudentiels proches de ceux des établissements financiers classiques. Cette mesure est saluée pour sa capacité à renforcer la confiance des investisseurs et des partenaires internationaux.
Mais cette décision suscite aussi des débats. Certains responsables nationaux craignent qu’une supervision trop contraignante limite la flexibilité et l’agilité dont les CDC ont besoin pour investir dans des projets de long terme, souvent porteurs de risques mais essentiels pour remplir leur mission d’intérêt général.
D’autres estiment, au contraire, qu’un contrôle renforcé est indispensable pour garantir la bonne gouvernance et éviter toute dérive.
Au-delà des discussions, cette réforme confirme le rôle central que les autorités régionales souhaitent donner aux CDC dans le financement de projets structurants. Des investissements stratégiques, souvent délaissés par le secteur bancaire traditionnel, mais indispensables pour soutenir une croissance durable et inclusive.
Ine fine, la mise en place d’une supervision harmonisée pour les CDC apparaît comme un test grandeur nature pour l’intégration financière de la zone CEMAC. Si ces réformes permettent d’assurer la solidité et la transparence de ces institutions, elles pourraient devenir un modèle régional pour mobiliser l’épargne domestique et canaliser les financements vers des projets à fort impact économique et social.
En parallèle, le comité ministériel a adopté d’autres mesures de modernisation du cadre financier régional, notamment un règlement sur les comptes inactifs et les avoirs en déshérence, ainsi qu’un renforcement du suivi de la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, piloté par le GABAC.



