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Mobile money CEMAC : Pourquoi les plus gros marchés affichent les plus petits tickets

Les statistiques du premier semestre 2026 de GIMACPAY ne racontent pas seulement la montée en puissance du mobile money dans la CEMAC. Elles révèlent aussi une géographie contrastée des usages, où les marchés les plus dynamiques se distinguent paradoxalement par les tickets moyens les plus faibles.

Les statistiques publiées par le Groupement interbancaire monétique de l’Afrique centrale (GIMAC) pour le premier semestre 2026 témoignent d’une progression continue de l’interopérabilité des paiements dans la CEMAC. Plus de 150 établissements sont désormais connectés à GIMACPAY, plus de 52 millions de portefeuilles mobiles sont actifs dans les six pays de la sous-région et plusieurs millions de transactions ont été traitées en six mois.

Au-delà de ces performances globales, les données révèlent un indicateur rarement commenté : le ticket moyen des transactions. Calculé en rapportant les montants traités au nombre d’opérations réalisées par chaque participant, il fait apparaître des écarts particulièrement marqués entre les différents marchés.

Le Cameroun, qui demeure de loin, le principal moteur du mobile money régional, affiche paradoxalement les montants moyens les plus faibles. Chez MTN Cameroun, chaque transaction interopérable représente en moyenne un peu plus de 11 000 FCFA, contre environ 12 400 FCFA chez Orange Cameroun. Ces deux opérateurs concentrent pourtant à eux seuls plus de 2,6 millions d’opérations sur le semestre.

À l’autre extrémité du classement, les opérateurs de Guinée équatoriale présentent un profil radicalement différent. Bonafide enregistre un ticket moyen d’environ 132 000 FCFA, tandis que celui de Muni Dinero dépasse 157 000 FCFA. Ces montants sont plus de dix fois supérieurs à ceux observés au Cameroun, alors même que les deux établissements totalisent à peine un peu plus de 105 000 transactions sur la période.

Entre ces deux extrêmes, le Gabon et le Congo occupent une position intermédiaire. Les tickets moyens y oscillent entre 26 000 et 55 000 FCFA selon les établissements, tandis qu’en République centrafricaine, Orange RCA affiche une moyenne qui avoisine 67 000 FCFA.
Cette géographie semble refléter le degré de maturité des différents marchés. Au Cameroun, le mobile money est devenu un moyen de paiement du quotidien. Les opérations portent principalement sur des transferts entre particuliers, des règlements de factures, des paiements marchands ou des achats de crédit téléphonique. La généralisation de ces usages se traduit logiquement par une multiplication de transactions de faible montant.

À l’inverse, dans des marchés encore peu développés comme la Guinée équatoriale, le mobile money demeure utilisé par une base plus restreinte d’utilisateurs. Les opérations enregistrées portent vraisemblablement davantage sur des transferts de montants élevés, qu’il s’agisse de règlements entre entreprises, de mouvements de trésorerie ou d’autres transactions occasionnelles.

Cette interprétation appelle toutefois une certaine prudence. Les moyennes calculées à partir d’un faible nombre de transactions peuvent être fortement influencées par quelques opérations exceptionnelles. À l’inverse, celles des grands opérateurs, qui reposent sur plusieurs millions d’opérations, reflètent plus fidèlement les habitudes de leurs utilisateurs. En l’absence de données sur la médiane des transactions ou leur répartition par type d’usage, il serait hasardeux d’en tirer des conclusions définitives sur les comportements des clients.

Ces chiffres mettent néanmoins en évidence deux modèles de développement du mobile money au sein de la CEMAC. D’un côté, des marchés matures où la croissance repose sur la multiplication des paiements de faible montant. De l’autre, des marchés encore émergents où les flux restent moins nombreux mais plus élevés en valeur.

Pour les opérateurs comme pour les autorités monétaires, cette distinction est loin d’être anodine. Elle suggère que les stratégies de développement ne peuvent être uniformes. Là où le Cameroun capitalise sur la densification des usages quotidiens, d’autres marchés devront sans doute d’abord consolider des segments à forte valeur, tels que les paiements des entreprises, les transferts institutionnels ou les flux de la diaspora, avant d’atteindre une véritable massification.

Au-delà des volumes records annoncés par GIMACPAY, le ticket moyen révèle ainsi une réalité plus nuancée : l’interopérabilité progresse dans toute la CEMAC, mais elle ne repose pas encore sur les mêmes usages ni sur le même niveau de maturité selon les pays. C’est probablement cette diversité qui constitue aujourd’hui le principal enseignement des statistiques semestrielles.