La presse économique, maillon manquant du développement de la CEMAC
- Le corporate
- 29 avril 2026
- Editorial
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Le directeur général Directeur Général d’Afriland First Bank Cameroun plaide pour un soutien structuré des médias spécialisés, qu’il considère comme une véritable infrastructure de marché.
Où un investisseur étranger trouve-t-il une information fiable sur la zone CEMAC avant d’y mobiliser des capitaux ? Rarement depuis Yaoundé, Douala ou Libreville, constate Celestin Guela Simo. Dans une tribune publiée le 27 avril 2026, le patron d’Afriland First Bank Cameroun met en lumière une fragilité méconnue de l’architecture économique sous-régionale : « la faiblesse de la presse économique professionnelle » .
Pour le dirigeant bancaire, cette lacune n’est pas anecdotique. Elle compromet la profondeur du marché financier, l’éducation des épargnants et la qualité du dialogue entre régulateurs et opérateurs. « Une fausse nouvelle sur la solvabilité d’un établissement peut déclencher en quarante-huit heures un mouvement de panique aux conséquences systémiques », alerte-t-il. D’où sa conviction : une presse économique compétente et indépendante constitue une véritable infrastructure prudentielle, au même titre qu’un système de paiement performant ou qu’une centrale des risques.
Au-delà de la stabilité financière, Celestin Guela Simo soulève une question stratégique : qui raconte la transformation économique de l’Afrique centrale ? Aujourd’hui, ce récit est largement produit par des rédactions dont les centres de gravité se situent hors de la zone. « Si nous ne soutenons pas l’émergence d’une presse enracinée dans nos réalités, nous laissons à d’autres le soin de raconter notre transformation », prévient-il.
Cette délégation narrative a un prix : moindre attractivité des capitaux, compréhension biaisée des opportunités, marginalisation dans les arbitrages internationaux. L’absence de médias capables de comprendre les dynamiques locales, les contraintes réglementaires ou les attentes des PME fragilise la souveraineté informationnelle de la sous-région.
Un appel aux acteurs financiers
Le directeur général d’Afriland First Bank interpelle directement son secteur. Les banques, assureurs, fintechs et institutions de régulation ne peuvent, selon lui, déplorer la faible culture économique du public tout en restant absents de l’espace médiatique. « La finance vit de confiance. Or la confiance ne naît pas du silence, mais de la clarté, de la pédagogie et de la redevabilité », affirme-t-il.
Cet engagement ne signifie pas acheter l’opinion, précise Celestin Guela Simo, mais accepter un dialogue exigeant avec l’espace public : « vulgariser les mécanismes économiques, former les journalistes spécialisés, partager des données utiles ». Une population mieux informée devient une clientèle plus responsable, des entrepreneurs éclairés deviennent de meilleurs partenaires.
Trois écueils à éviter
Faut-il soutenir toute initiative qui s’autoproclame presse économique ? Non, répond le banquier. Il identifie trois risques majeurs : le risque de capture, lorsqu’une rédaction trop dépendante des annonceurs perd sa fonction critique ; la dispersion sans critère, quand le soutien ne distingue pas la qualité analytique ; et la confusion des genres entre sponsoring, achat d’espaces publicitaires et partenariat éditorial.
Pour bâtir un écosystème robuste, Celestin Guela Simo propose trois leviers. D’abord, ouvrir l’accès aux dirigeants, analystes et données sectorielles. Ensuite, investir dans la formation aux normes IFRS, à la réglementation COBAC ou à l’analyse des comptes consolidés. Enfin, instituer un Prix du Journalisme Économique de la CEMAC, doté significativement et arbitré par un jury indépendant.
Cette prise de position s’inscrit dans la vision HORIZON 2030 d’Afriland First Bank, qui fait de la transformation de l’Afrique centrale sa priorité. Mais le dirigeant appelle à une dynamique plus large, invitant banques, marchés de capitaux, régulateurs et assureurs à inscrire le soutien à la presse économique dans leur doctrine d’engagement institutionnel.
« Il n’y aura ni marché financier profond sans presse économique forte, ni souveraineté économique sans souveraineté informationnelle », conclut-il. Un message qui résonne alors que la CEMAC doit relever les défis de la diversification productive, du financement des infrastructures et de la mobilisation de l’épargne locale.



