Huile de palme : Le Cameroun contraint d'importer pour sécuriser son marché au second semestre 2026

Huile de palme : Le Cameroun contraint d’importer pour sécuriser son marché au second semestre 2026

Le ministère du Commerce a réuni producteurs, industriels et administrations le 2 juin à Douala. Le recours aux importations pour le second semestre 2026 a été acté, faute d’offre nationale suffisante.

Une concertation interministérielle pour réguler une filière d’huile de palme sous tension. Réunis autour du ministre Luc Magloire Mbarga Atangana, représentants de l’État, délégués interministériels, responsables de la Société Camerounaise de Palmeraies (Socapalm) et acteurs de la filière ont passé plus de deux heures à disséquer une crise dont les signaux s’accumulent depuis plusieurs trimestres.

Le diagnostic posé en séance est sévère. L’offre nationale d’huile de palme est tombée sous la barre des 10 000 tonnes, tandis que les cours internationaux s’envolent, exposant transformateurs et consommateurs à une double pression. La situation n’est pas conjoncturelle. Le déficit structurel de la filière dépasse 500 000 tonnes par an selon l’Association des raffineurs des oléagineux du Cameroun, une insuffisance chronique qui s’est traduite entre 2017 et 2023 par l’importation de 409 000 tonnes d’huile de palme, pour une facture cumulée de 280,4 milliards de francs CFA.

En 2024, le Cameroun avait produit 446 984 tonnes d’huile de palme brute, selon le Premier ministre Joseph Dion Ngute. Un plan triennal de relance 2024-2026, doté de 21,7 milliards de francs CFA et piloté par le ministère de l’Agriculture, soutient les principales agro-industries du secteur (SOCAPALM, CDC et Pamol) dans la modernisation de leurs unités de transformation. Pour 2026, les autorités se fixaient un objectif de production additionnelle de 20 500 tonnes. Des ambitions que la réunion du 2 juin révèle hors d’atteinte à court terme.

Face à la tension sur l’offre, les participants ont acté une décision difficile, celle du recours à des importations significatives d’huile de palme pour sécuriser le marché intérieur au cours du second semestre 2026. Une mesure de court terme qui soulage l’approvisionnement mais creuse davantage le déficit commercial d’une filière que l’État s’était engagé à affranchir des marchés extérieurs.

La réunion a également pris acte de la persistance du commerce informel en vrac, pratique qui continue d’éroder les recettes fiscales et de fragiliser les opérateurs du secteur formel, dans un marché déjà sous pression concurrentielle. La filière traverse par ailleurs des tensions internes liées à la montée en puissance d’Opalm dans le segment de l’extraction, une évolution qui suscite des inquiétudes chez une dizaine de raffineurs dont Azur, IBI, Saagry et Pafic.

Sur le plan structurel, les travaux ont abouti à plusieurs résolutions consensuelles : relance de la production nationale, meilleure répartition de la valeur au sein de la chaîne, renforcement de la traçabilité et reprise par l’État de sa mission d’évaluation des capacités des opérateurs. La mise en place de comités techniques chargés de piloter ces chantiers a été décidée. Leur composition et leur calendrier d’activation n’ont pas encore été rendus publics.