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Gabon : Les créances des banques sur l’État progressent de 139,5 milliards de FCFA en six mois

Les données compilées par l’Association Professionnelle des Établissements de Crédit du Gabon, consultées par Le Corporate montrent qu’au premier semestre 2026, l’État demeure de loin, le principal débiteur du système bancaire national. Entre décembre 2025 et juin 2026, l’exposition des banques gabonaises à l’État a augmenté de 5,31 %, atteignant 2 767,9 milliards de FCFA. Les titres publics continuent de concentrer une part croissante des actifs du secteur.

Les créances détenues par les banques sur l’État gabonais, en intégrant les titres publics comme les Bons du Trésor Assimilables et les Obligations du Trésor Assimilables, atteignent désormais 2 767,8 milliards de FCFA. Ce montant représente 45,54 % de l’ensemble des emplois du système bancaire national. En d’autres termes, presque un franc sur deux prêtés par les banques gabonaises finance l’appareil public. Cette exposition a progressé de 5,31 % depuis décembre 2025, où elle s’établissait à 2 628,3milliards de FCFA.

Cette dépendance ne se limite pas à un chiffre global. Elle se répartit de façon très inégale selon les établissements. Chez AFG Bank, les créances sur l’État bilatéral s’élèvent à 196, 011 milliards de FCFA, soit 44,54 % du total sectoriel sur cette ligne. BGFIBank suit avec 164,509 milliards de FCFA. Ensemble, ces deux banques concentrent l’essentiel du risque souverain porté par le secteur.

Le déséquilibre devient plus préoccupant lorsqu’on compare cette exposition aux ressources apportées par l’État en contrepartie. Les dépôts publics dans les banques ne représentent que 11,04 % du total des dépôts collectés, contre 8,18 % en décembre 2025. Autrement dit, l’État emprunte massivement au système bancaire tout en y déposant très peu. La conséquence arithmétique est une position nette débitrice colossale de l’État vis à vis des banques, chiffrée à 2 216,821 milliards de FCFA une fois les titres publics intégrés. Ce montant a certes légèrement reculé par rapport aux 2 248 507 millions de décembre 2025, en baisse de 1,54 %, mais il reste d’une ampleur qui interroge sur la solidité de long terme de cette relation financière.

Certaines banques affichent un ratio de créances sur l’État par rapport à leurs emplois totaux qui dépasse la moyenne nationale. C’es

t le cas d’AFG Bank, à 54,04 %, et d’UBA Gabon, à 80,24 %, une proportion qui traduit une spécialisation quasi exclusive de cette dernière dans le financement public plutôt que dans le crédit à l’économie réelle.

Cette configuration pose une question centrale pour les observateurs économiques et les régulateurs. Un système bancaire aussi engagé auprès de son État reste vulnérable à toute difficulté budgétaire ou tout retard de paiement des créances publiques. Il illustre également un mécanisme bien connu dans les économies dépendantes des ressources naturelles, où le secteur privé peine parfois à absorber une part suffisante du crédit bancaire, laissant l’État occuper une place disproportionnée dans les bilans.

À l’heure où le Gabon poursuit ses réformes de gouvernance des finances publiques, ces chiffres invitent à surveiller de près l’évolution du service de la dette intérieure et son impact potentiel sur la stabilité du secteur bancaire national.