Gabon : FlyGabon fait barrage à la hausse de la redevance aéroportuaire
- Le corporate
- 10 mars 2026
- Editorial
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La compagnie nationale gabonaise a décidé de ne pas répercuter sur ses billets régionaux l’augmentation de la redevance aéroportuaire R4, entrée en vigueur fin février 2026. Un geste fort en faveur des passagers, mais qui cache une bataille plus profonde sur la transparence de cette taxe.
La redevance R4, validée par arrêté ministériel en novembre 2025 et entrée en vigueur le 28 février 2026, est officiellement destinée au financement des infrastructures aéroportuaires gabonaises. Son relèvement aurait dû mécaniquement alourdir le prix des billets pour les voyageurs. Concrètement, sur un aller-retour régional en classe économique, la redevance serait passée de 52 478 FCFA à 65 596 FCFA, soit une hausse d’environ 25 % directement supportée par le passager.
Face à cette perspective, FlyGabon a tranché : elle ne fera pas passer la note à ses clients. Dans un communiqué, la compagnie affirme que, dans l’intérêt des voyageurs, elle n’augmentera pas les prix de ses billets tant que le débat sur cette redevance ne sera pas clarifié. Une prise de position assumée, qui place la compagnie en porte-à-faux apparent avec les autorités, mais en phase avec ses passagers.
Car derrière la question tarifaire se profile un problème de fond : celui de la traçabilité des fonds collectés. Initialement instaurée en 2021 pour contribuer au financement d’un projet de nouvel aéroport, la redevance R4 a ensuite évolué à la faveur de la loi de finances rectificative de décembre 2022. Les montants collectés seraient désormais reversés directement au gestionnaire de l’aéroport de Libreville, GSEZ Airport, sans mécanisme de contrôle clairement identifié.
Plus de quatre ans après la mise en place de cette redevance, FlyGabon relève que les passagers attendent toujours de constater les améliorations concrètes apportées aux infrastructures aéroportuaires et à l’expérience de voyage. Une frustration partagée par bien des usagers qui transitent quotidiennement par l’aéroport Léon-Mba de Libreville, dont l’état général peine à refléter les sommes englouties depuis des années dans ce mécanisme de prélèvement.
La compagnie, qui est issue d’un partenariat entre l’État gabonais — actionnaire à 56 % — et les actionnaires d’Afrijet Business Service, tient à rappeler qu’elle n’est pas en rupture avec ses obligations fiscales. Elle continue de reverser au Trésor public les redevances collectées, tout en refusant d’appliquer le surcoût induit par la nouvelle disposition sur ses liaisons régionales. Une nuance d’importance, qui lui permet de maintenir une posture légaliste sans pour autant sacrifier le pouvoir d’achat de ses passagers.
Au-delà du cas FlyGabon, cette affaire met en lumière les tensions récurrentes entre impératifs budgétaires de l’État et compétitivité du transport aérien en Afrique centrale. Dans une sous-région où la mobilité des personnes et des biens constitue un levier de développement encore sous-exploité, toute hausse tarifaire mal expliquée risque de décourager les voyageurs, de freiner le trafic et, in fine, de desservir les recettes mêmes qu’elle entendait générer. FlyGabon semble l’avoir compris. Reste à savoir si Libreville en tirera les mêmes conclusions.



