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Cemac : La migration vers le Systac 2 met la communication bancaire à l’épreuve

Depuis la mise en production de la nouvelle plateforme de télé-compensation de la BEAC, des retards affectent certaines opérations bancaires dans la Cemac. Alors que la banque centrale reconnaît des perturbations liées à la migration, les banques commerciales restent peu disertes sur les difficultés rencontrées par leurs clients.

Depuis le 3 août 2026, la migration vers SYSTAC 2 perturbe le traitement de certaines opérations bancaires dans la Cemac. Virements retardés, délais de traitement allongés, opérations qui tardent à être créditées : les remontées des usagers se multiplient depuis la mise en production de la nouvelle plateforme régionale de télé-compensation de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC).

Le problème n’est pas tant l’existence de difficultés lors d’une migration informatique de cette ampleur que l’information délivrée aux utilisateurs. Plus de deux semaines après le basculement, les banques commerciales communiquent peu sur les perturbations observées, laissant leurs clients chercher eux-mêmes des explications auprès des agences, des centres d’appel ou sur les réseaux sociaux.

La BEAC a mis en production SYSTAC 2 le 3 août. La nouvelle plateforme remplace le système de télé-compensation déployé depuis 2007 et couvre les opérations de paiement de détail des six pays de la Cemac, à savoir le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine et le Tchad.

Le dispositif intègre notamment la compensation automatisée, la gestion des litiges et un module destiné aux paiements instantanés, qui n’est pas encore opérationnel. Il s’appuie par ailleurs sur la norme ISO 20022, appelée à renforcer la standardisation et l’interopérabilité des échanges financiers.

La migration constitue donc un chantier technique régional de grande ampleur. Dans son communiqué de lancement, la banque centrale indique avoir pris les dispositions nécessaires pour assurer la continuité des services et précise que l’opération a été conduite avec les établissements participants. Cette continuité est toutefois confrontée à des difficultés opérationnelles. Plusieurs publications spécialisées ont fait état de perturbations affectant les délais de traitement de certaines opérations bancaires depuis le passage à SYSTAC 2.

C’est à ce niveau que se situe le principal point de tension. La BEAC pilote l’infrastructure régionale, mais le client final entretient sa relation bancaire avec son établissement. Lorsque le bénéficiaire attend un virement qui n’arrive pas, c’est donc vers sa banque qu’il se tourne en premier.

Or les informations disponibles restent limitées. Les clients concernés disposent rarement d’une explication précise sur l’origine du retard, son caractère temporaire ou le délai supplémentaire à prévoir. Cette absence de visibilité complique la gestion des opérations courantes, notamment pour les entreprises qui doivent honorer des échéances ou les particuliers qui attendent des transferts.

Le sujet dépasse ainsi la seule question technique. Il touche directement à la relation entre les banques et leurs clients. Une perturbation indépendante de la volonté d’un établissement peut être comprise si elle est expliquée. Elle devient en revanche une source de défiance lorsque le client constate le retard sans disposer d’informations sur sa cause ni sur son traitement.

La migration de SYSTAC 2 relève d’un chantier régional conduit par la banque centrale. Mais cette réalité ne dispense pas les établissements commerciaux d’assurer l’information de leurs clients.

Une communication adaptée n’aurait pas nécessairement consisté à détailler l’architecture informatique de SYSTAC 2. Quelques éléments auraient suffi : signaler les perturbations, expliquer leur lien avec la migration, préciser les opérations susceptibles d’être concernées et indiquer les canaux à utiliser en cas de réclamation. Cette pédagogie aurait également permis de distinguer les difficultés liées à la plateforme régionale des incidents propres aux systèmes internes des établissements. En l’absence d’informations suffisamment précises, le client ne dispose d’aucun moyen de faire cette différence.

Pour les banques, l’enjeu dépasse donc la résolution des incidents. Il concerne la confiance. Dans un système financier où les paiements dépendent de plus en plus d’infrastructures interconnectées, une défaillance ou un retard technique peut rapidement avoir des conséquences commerciales pour les entreprises et les particuliers. Une migration informatique ne peut pas être évaluée uniquement à l’aune de sa réussite technique. La qualité de l’accompagnement des utilisateurs en constitue également un élément. Sur ce terrain, les banques commerciales ont un rôle à jouer.

La question posée par SYSTAC 2 n’est donc pas seulement de savoir quand les délais de traitement reviendront à la normale. Elle est aussi de savoir pourquoi, face à une difficulté qui affecte directement leurs clients, les établissements bancaires n’ont pas davantage investi le terrain de l’information. Dans une période de transition technique, expliquer les incidents ne constitue pas un aveu de faiblesse. C’est une composante de la continuité du service.