Banque

Gabon : Les dépôts des particuliers progressent de 7,6 %, mais le crédit ne croît que de 1,8 % au premier semestre 2026

Au-delà des grands équilibres macro-financiers entre l’État et les banques, l’état comparatif des ressources et emplois par banque publié pour juin 2026 par l’Association Professionnelle des Établissements de Crédit du Gabon révèle une dynamique intéressante côté clientèle privée. Entreprises et particuliers continuent d’alimenter les bilans bancaires en dépôts, à un rythme qui dépasse nettement celui du crédit qui leur est octroyé en retour.

Les dépôts des entreprises atteignent 1 813,37 milliards de francs CFA au 30 juin 2026, contre 1 727,41 milliards de francs CFA au 31 décembre 2025, soit une progression de 85,96 milliards de francs CFA, ou 4,98 % en six mois. Sur la même période, les créances bancaires sur les entreprises passent de 1 429,61 milliards à 1 537,48 milliards de francs CFA, en hausse de 107,86 milliards de francs CFA, soit 7,54 %. La croissance du crédit aux entreprises dépasse donc celle de leurs dépôts, ce qui a pour effet de réduire leur position nette créditrice vis à vis des banques. Celle-ci recule de 21,90 milliards de francs CFA, passant de 297,80 milliards à 275,90 milliards de francs CFA, soit une baisse de 7,35 %.

La situation des particuliers dessine un tableau sensiblement différent. Leurs dépôts progressent de 913,95 milliards à 983,19 milliards de francs CFA, une hausse de 69,24 milliards de francs CFA, soit 7,58 %. Les crédits qui leur sont accordés, en revanche, n’augmentent que de 7,23 milliards de francs CFA sur la même période, passant de 396,48 milliards à 403,71 milliards de francs CFA, soit une progression limitée à 1,82 %. L’écart entre ces deux rythmes de croissance est frappant. Il conduit à une hausse sensible de la position nette créditrice des particuliers envers les banques, qui grimpe de 62,01 milliards de francs CFA, passant de 517,47 milliards à 579,48 milliards de francs CFA, soit une progression de 11,98 %.

Ce constat mérite d’être posé clairement. Les ménages gabonais épargnent de plus en plus dans le système bancaire formel, mais cette épargne ne se traduit pas par une progression équivalente de l’accès au crédit à la consommation, au logement ou à l’investissement personnel. Le ratio entre la progression des dépôts et celle des crédits aux particuliers, largement supérieur à quatre, illustre une transformation limitée de l’épargne privée en financement direct des ménages.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette prudence des banques envers le crédit aux particuliers. La première explication tient probablement à une politique de gestion du risque plus conservatrice sur ce segment de clientèle, jugé statistiquement plus exposé aux défauts de paiement en cas de choc économique individuel, comparé aux grandes entreprises ou à l’État. La seconde explication renvoie à la structure même de la demande de crédit au Gabon, où les besoins de financement des grandes entreprises et de l’État captent une part disproportionnée de l’attention et des ressources des établissements bancaires, laissant un espace plus restreint pour le développement du crédit aux particuliers.

Cette situation contraste avec celle des entreprises, où la croissance du crédit dépasse celle des dépôts, traduisant une relation plus dynamique et plus équilibrée entre collecte de ressources et financement de l’activité économique. Les entreprises gabonaises semblent ainsi mieux positionnées pour obtenir un financement bancaire proportionné à leur contribution en dépôts, à l’inverse des ménages.

Cette asymétrie entre particuliers et entreprises pose une question de fond pour les politiques publiques de bancarisation et d’inclusion financière au Gabon. Alors que le nombre de comptes créés en juin 2026 atteint 10 001 unités au niveau national, porté notamment par BGFIBank avec 9 867 nouveaux comptes, l’enjeu ne se limite plus à l’ouverture de comptes bancaires. Il concerne désormais la capacité du système bancaire à transformer cette épargne croissante des ménages gabonais en crédit accessible, condition indispensable à une contribution plus significative de la consommation et de l’investissement des particuliers à la croissance économique nationale.