Banque : Après ses déboires en Guinée équatoriale, Afriland First Bank relance son offensive régionale
- Le corporate
- 17 juillet 2026
- Editorial
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Cinq ans après avoir été évincée de son marché le plus rentable en zone CEMAC, la banque camerounaise Afriland First Bank est repartie à la conquête de la sous-région. Après le Tchad et le Congo fin 2025, c’est au tour de la République centrafricaine d’accueillir une succursale du groupe, opérationnelle depuis juin 2026 et officiellement présentée le 15 juillet.
L’histoire mérite d’être rappelée. En 1994, Afriland First Bank, alors CCEI-Bank, posait ses valises à Malabo pour y créer la première banque commerciale du pays, à une époque où l’économie équato-guinéenne reposait encore sur une agriculture de subsistance. Dix ans plus tard, la Guinée équatoriale s’était muée en économie pétrolière tirant 90 % de ses recettes de l’exportation du pétrole, et CCEI Bank GE avait fini par capter 70 % du marché bancaire national, jusqu’à être qualifiée de « banque nationale » par le président Obiang Nguema Mbasogo en personne.
Cette réussite a fini par se retourner contre le groupe camerounais. À partir de fin 2020, dans un climat de tensions ouvertes avec les autorités locales, Afriland a cédé ses parts majoritaires à l’État équato-guinéen, qui est ainsi monté à 76 % du capital de CCEI Bank Guinée équatoriale, contre 15 % pour des actionnaires privés nationaux et 9 % pour un groupe proche de la famille présidentielle. Un nouveau directeur général équato-guinéen a été nommé début janvier 2021, mettant fin à vingt-six ans de direction camerounaise. Le paiement de la transaction, évalué à environ 30 milliards de FCFA, est resté source de contentieux plusieurs mois après l’accord, une source interne évoquant à l’époque un dossier encore non dénoué. Une enquête de Financial Afrik est allée plus loin, évoquant une nationalisation planifiée de longue date et un prix de cession très inférieur à la valeur comptable de la banque.
Ce retrait forcé n’est pas resté isolé. Le groupe a ensuite vu ses participations dans sa filiale de République démocratique du Congo nationalisées, et s’est retiré d’Ouganda en 2022, deux épisodes qui ont fragilisé l’empreinte régionale d’un groupe qui comptait pourtant, dans les années 2010, parmi les banques panafricaines les plus expansionnistes, avec des implantations en Zambie, au Liberia, au Soudan du Sud, en Guinée et en Côte d’Ivoire.
Le retour par la porte de l’agréme
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C’est dans ce contexte qu’intervient le nouveau cycle d’expansion en cours depuis fin 2025. Plutôt que de recréer des filiales de droit local, la formule qui avait exposé le groupe au bon vouloir des actionnaires étatiques en Guinée équatoriale et en RDC, Afriland s’appuie cette fois sur le règlement CEMAC portant agrément bancaire unique, adopté le 20 décembre 2024, qui permet à un établissement agréé dans un pays de la zone de s’implanter dans les autres États membres sous forme de succursale, sans agrément national distinct, sous réserve du feu vert de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac). Une succursale reste juridiquement rattachée à la maison mère camerounaise, une différence de statut qui change la donne après l’expérience équato-guinéenne.
La Cobac a ainsi autorisé, lors d’une session tenue le 12 décembre 2025 à Libreville, l’ouverture de la succursale centrafricaine, dotée d’un capital de 2,153 milliards de FCFA, après avoir déjà donné son feu vert pour le Tchad et le Congo en septembre 2025. La direction de la nouvelle entité centrafricaine a été confiée à Zavier Ngueutheu, jusque-là directeur de l’agence camerounaise de Bertoua.
Le choix de Bangui n’a rien d’anodin. Le taux de bancarisation en Centrafrique reste estimé à 7 % pour environ six millions d’habitants, avec seulement quatre banques commerciales en activité, BGFIBank, Ecobank, la Banque populaire maroco-centrafricaine et la BSIC RCA. Afriland y affiche des ambitions mesurées. Celles de collecter environ 1,93 milliard de FCFA de ressources dès le démarrage, en ciblant en priorité la communauté camerounaise et les entrepreneurs camerounais installés dans le pays, avant de viser environ 10 % des parts de marché en dépôts à l’horizon 2030.
Pour la direction du groupe, ce nouveau chapitre s’inscrit dans une ambition affichée de bâtir, selon les mots de l’administrateur directeur général Célestin Guela Simo, « un groupe bancaire africain de référence, profondément enraciné dans les réalités locales ». Reste à savoir si le format de la succursale, plus intégré et moins exposé aux rapports de force locaux que celui de la filiale, suffira à éviter au groupe de revivre le scénario équato-guinéen.



