Transparence fiscale : Le Cameroun identifie 64,5 milliards FCFA de recettes en 15 ans, très en deçà des pertes réelles
- Le corporate
- 14 juillet 2026
- Editorial
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Depuis son adhésion en 2012 au Forum mondial sur la transparence et l’échange de renseignements à des fins fiscales, le Cameroun a identifié 98,4 millions d’euros (64,5 milliards FCFA) de recettes fiscales supplémentaires grâce à l’échange de renseignements entre administrations, selon le rapport Transparence fiscale en Afrique 2026 de l’OCDE. Un montant que les spécialistes jugent très inférieur à l’ampleur réelle de la fraude et de l’évasion fiscale, estimée à 360 milliards FCFA par an.
Le Cameroun a intégré le Forum mondial sur la transparence et l’échange de renseignements à des fins fiscales en 2012, avec un double objectif : s’engager à mettre en œuvre les normes internationales de transparence et d’échange de renseignements, et se doter des outils permettant de tirer parti de la coopération fiscale internationale pour mobiliser davantage de ressources nationales. Le pays a depuis enregistré des avancées, sans toutefois atteindre le niveau de recettes qu’il pourrait mobiliser.
Depuis les premiers échanges en 2012, ces efforts ont permis d’identifier 98,4 millions d’euros (environ 64,5 milliards FCFA) de recettes fiscales supplémentaires, dont 20,9 millions d’euros au cours des deux dernières années (7,7 millions d’euros en 2024 et 13,2 millions d’euros en 2025, soit environ 13,7 milliards FCFA), selon le rapport Transparence fiscale en Afrique 2026, publié le 30 juin 2026 par le Forum mondial et le Forum sur l’administration fiscale africaine (Ataf).
Sur le plan des demandes de renseignements, le Cameroun a émis 47 demandes en 2023, 101 en 2024 et 131 en 2025, soit 279 demandes sur la période, permettant à l’administration fiscale d’obtenir des informations sur des pratiques d’évasion fiscale.
Le rapport salue « des résultats satisfaisants obtenus par le Cameroun lors de ses évaluations par les pairs en 2016 et 2024 ». Le fiscaliste Alain Symphorien Ndzana Biloa nuance toutefois la portée de ces chiffres dans un entretien accordé à au quotidien gouvernemental camerounais, Cameroon Tribune : l’évaluation ne porte que sur les demandes de renseignements émises par la Direction générale des Impôts (DGI), alors que le Cameroun n’a ni atteint le plein régime en la matière, ni engagé l’échange automatique de renseignements.
Selon l’économiste Gabriel Zucman, cité par le fiscaliste, l’Afrique perd chaque année l’équivalent de 1 % de son PIB en recettes fiscales du fait de la fraude et de l’évasion fiscale internationales, la région du monde la plus affectée par ce phénomène. Rapportée au PIB du Cameroun, cette perte représenterait plus de 360 milliards FCFA par an. Au-delà du manque à gagner budgétaire, ces pratiques exposent les entreprises locales, qui s’acquittent normalement de l’impôt, à une concurrence déloyale de la part d’acteurs qui échappent à une partie de leurs obligations fiscales.
Le Cameroun s’est engagé, pour 2026, dans une nouvelle phase : le lancement de l’échange automatique de renseignements sur les comptes financiers, aux côtés de cinq autres pays africains (Maroc, Sénégal, Tunisie notamment) qui se préparent à intégrer ce dispositif, contre huit pays qui le pratiquaient déjà en 2025 (Afrique du Sud, Ghana, Kenya, Maurice, Nigeria, Ouganda, Rwanda, Seychelles).
Pour le fiscaliste Alain Symphorien Ndzana Biloa, l’administration fiscale camerounaise doit « monter en puissance » dans les échanges de renseignements à fins fiscales. Il recommande de multiplier les demandes de renseignements en 2026, de mettre effectivement en œuvre l’échange automatique dès 2027, et de renforcer parallèlement la qualité du climat des affaires.



