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Notation souveraine : Fitch maintient le Cameroun à « B » avec une perspective  »négative »

Malgré la récente création d’un poste de vice-président pour stabiliser la succession au sommet de l’État, le Cameroun reste sous pression. L’agence Fitch Ratings vient de confirmer la note « B » du pays, mais maintient une perspective négative. Entre une croissance résiliente et une gestion des finances publiques plombée par 560 milliards FCFA d’arriérés, Yaoundé navigue entre réformes institutionnelles et fragilités budgétaires chroniques.

Dans un rapport publié depuis Londres le 24 avril 2026, l’agence de notation financière Fitch Ratings a annoncé le maintien de la note de défaut émetteur à long terme en devises étrangères (LTFC) du Cameroun à « B ». Si cette note confirme la résilience de l’économie camerounaise, elle reste assortie d’une « perspective négative », témoignant des incertitudes persistantes qui pèsent sur la trajectoire financière et politique du pays.

La notation du Cameroun repose sur un équilibre fragile. D’un côté, Fitch salue une croissance solide du Produit Intérieur Brut (PIB) et un calendrier de remboursement de la dette jugé gérable à court et moyen terme. De l’autre, ces atouts sont neutralisés par des faiblesses structurelles chroniques : un PIB par habitant qui reste faible, des indicateurs de gouvernance en deçà des attentes et des défis sécuritaires qui continuent de mobiliser d’importantes ressources. La perspective négative souligne également des tensions sur la liquidité régionale et une accumulation d’arriérés domestiques, signe d’une gestion des finances publiques qui peine à se moderniser.

L’un des points majeurs de l’analyse de Fitch concerne la stabilité institutionnelle. L’agence note une réduction des risques liés à la transition de pouvoir après la réforme constitutionnelle historique d’avril 2026. La création d’un poste de Vice-Président, nommé directement par le Chef de l’État, offre désormais un mécanisme de succession plus clair. En cas de vacance du pouvoir — que ce soit par démission, empêchement ou décès — le Vice-Président assure la continuité du mandat jusqu’à son terme.

Ce changement réduit l’incertitude qui entourait auparavant l’organisation d’élections anticipées en cas de vacances au sommet de l’État, une préoccupation majeure compte tenu de l’âge du Président Paul Biya (93 ans). Toutefois, Fitch reste prudente : l’identité du futur occupant de ce poste demeure inconnue et l’environnement sociopolitique fragmenté laisse planer des doutes sur l’acceptation de cette transition par tous les acteurs.

Sur le plan technique, la gestion des finances publiques demeure le talon d’Achille du crédit camerounais. Fitch déplore le manque de progrès significatifs dans l’apurement de la dette intérieure. Malgré les engagements de la loi de finances 2025, le stock d’arriérés de l’État a grimpé à 560 milliards de FCFA (soit 1,6 % du PIB). L’agence ne prévoit pas de réduction notable de ce stock à court terme, ce qui fragilise le secteur privé local.

Enfin, l’agence pointe du doigt la persistance des « interventions directes » de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH). Bien qu’une circulaire présidentielle de juillet 2025 ait ordonné la fin de ces activités quasi-fiscales, Fitch anticipe leur poursuite en 2026. Ces pratiques hors budget nuisent à la transparence financière et compliquent le suivi rigoureux des liquidités de l’État. Pour sortir de cette zone de turbulence, le Cameroun devra transformer ses réformes législatives en réalités comptables tangibles.