Vingt-quatre ans après la privatisation de SONEL, le Cameroun reprend la main sur son électricité
- Le corporate
- 5 mai 2026
- Editorial
- 0Commentaires
La création de la SOCADEL par décret présidentiel clôt un cycle ouvert en 2001 avec la privatisation de Société nationale d’Electricité (SONEL). L’État redevient opérateur unique du secteur électrique, avec pour mission de stabiliser un réseau fragilisé par des années de sous-investissement et d’endettement.
Le 4 mai 2026, le Président Paul Biya a signé le décret N° 2026/163 portant transformation de la société Energy of Cameroon (ENEO Cameroon S.A.) en société à capital public. L’entreprise prend la dénomination de Société Camerounaise d’Électricité (SOCADEL) et l’État en devient l’actionnaire unique. Un acte qui referme une parenthèse de deux décennies et demie.
Tout avait commencé en 2001, lorsque la Société Nationale d’Électricité (SONEL) avait été privatisée sous la pression des institutions de Bretton Woods, convaincues que le secteur privé produirait les investissements et l’efficacité que l’État n’avait pas su générer. L’américain AES en avait pris le contrôle, avant de céder la main en 2014 au fonds d’investissement britannique Actis, qui créa ENEO. La promesse d’un service fiable et d’une modernisation du réseau ne s’est pas concrétisée. Les délestages se sont maintenus, la dette a grossi, et les relations entre le concessionnaire et l’État se sont progressivement détériorées autour des arriérés de paiement.
Le processus de renationalisation s’est achevé avec le rachat par l’État des parts détenues par Actis pour un montant de 119 millions d’euros, soit 78 milliards de FCFA, signé le 19 novembre 2025. Le décret du 4 mai 2026 en constitue le prolongement juridique : ENEO disparaît en tant que société privée, la SOCADEL naît en tant que société à capital public, avec la possibilité d’ouvrir ultérieurement son actionnariat à d’autres entités publiques ou privées.
L’héritage est lourd. La dette globale de l’opérateur avoisine 800 milliards de FCFA, dont plus de 500 milliards dus aux seuls fournisseurs. Le réseau de distribution accuse des décennies de sous-investissement. La fraude représente près de 15 % des pertes du secteur, soit 60 milliards de FCFA par an. Pour y répondre, le gouvernement a engagé dès mars 2026 des opérations de contrôle sur l’ensemble du territoire, et inscrit dans son plan d’urgence le refinancement de la dette et la généralisation du paiement des factures, y compris par les entités publiques.
Le FMI, dans ses évaluations récentes, alerte sur le coût budgétaire de cette reprise en main, soulignant que le maintien de tarifs administrés en dessous du seuil de rentabilité impose au Trésor des compensations financières récurrentes. La SOCADEL hérite de la convention de concession d’ENEO et d’un mandat de service public dont les contours financiers restent à stabiliser. L’histoire, cette fois, devra s’écrire différemment.


