Mobile Money : A Kigali, le gouverneur de la BEAC Yvon Sana Bangui dénonce « la fiscalité croissante sur les transactions»
- Le corporate
- 17 mars 2026
- Editorial
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Dans l’enceinte moderne du sommet de haut niveau sur l’interopérabilité des paiements, le message venu d’Afrique Centrale a résonné avec une clarté singulière.
Yvon Sana Bangui, Gouverneur de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC), n’est pas venu au Rwanda pour une simple formalité diplomatique. Devant un parterre composé du FMI, de la Banque Nationale du Rwanda et du Global Finance and Technology Network (GFTN), il a dressé un diagnostic sans concession de l’inclusion financière en zone CEMAC.
Le Mobile Money sous pression fiscale
Le point d’orgue de son intervention a été la dénonciation vigoureuse de la pression fiscale exercée par les États sur les transactions numériques. Pour Yvon Sana Bangui, la multiplication des taxes sur le Mobile Money constitue une véritable « régulation parallèle » qui sabote les efforts d’inclusion. Alors que le digital est le principal levier pour bancariser les populations rurales et informelles, le taxer revient à ériger des barrières là où la technologie tente de les briser.
Inverser le paradigme : Taxer le cash, libérer le digital
Le Gouverneur a ainsi plaidé pour une révolution doctrinale : cesser de pénaliser le progrès pour commencer à taxer l’archaïsme. Son constat est simple : l’argent liquide est le vecteur privilégié de l’opacité, de la fraude et du secteur informel. Pour y remédier, il propose une stratégie audacieuse : instaurer des droits de timbre sur les paiements importants effectués en espèces. Le patron de la banque commune aux six Etats de la CEMAC plaide aussi pour l’application des malus fiscaux aux acteurs économiques qui refusent de digitaliser leurs flux financiers.
L’objectif est clair : rendre le numéraire moins attractif que le paiement électronique pour forcer la traçabilité.
Une intégration continentale en marche
Au-delà de cette charge contre le « tout-cash », Yvon Sana Bangui a réaffirmé l’engagement de la zone CEMAC dans l’intégration monétaire africaine. Après le succès de l’interopérabilité régionale via le GIMAC Pay, la BEAC s’apprête à franchir une étape historique avec son adhésion au système panafricain PAPSS. Ce raccordement permettra de régler les échanges transfrontaliers en monnaies locales, limitant ainsi la dépendance aux devises étrangères et préservant les précieuses réserves de change de la zone.
En portant ce message à Kigali, la BEAC se positionne comme le fer de lance d’une révolution monétaire. Pour le Gouverneur, l’avenir de l’Afrique Centrale ne s’écrira pas avec des billets de banque, mais avec des codes et des flux numériques sécurisés, à condition que la fiscalité cesse d’en être le frein.



