Le Gabon confie à AGL la réalisation du port en eau profonde de Kobe-Kobe

L’opérateur portuaire Africa Global Logistics, déjà présent au Gabon à travers l’Owendo Container Terminal et le chantier naval DPS de Port-Gentil, a signé le 23 avril une convention avec l’État pour la construction du port en eau profonde de Kobe-Kobe et d’un chemin de fer reliant Belinga au site portuaire.

Le 23 avril 2026, au palais présidentiel de Libreville, l’État gabonais et Africa Global Logistics (AGL) ont signé une convention qui marque le lancement officiel du projet de port en eau profonde de Kobe-Kobe. La cérémonie s’est tenue en présence du président Brice Clotaire Oligui Nguema et du ministre d’État aux Transports, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi. L’accord s’inscrit dans le cadre du Plan national de croissance et de développement (PNCD 2026-2030).

Le site retenu, dans le département du Komo-Océan, a été choisi pour ses capacités naturelles sur la façade atlantique, permettant d’accueillir des navires de grand tonnage que la configuration du port d’Owendo ne peut pas recevoir. Les deux sites sont conçus comme complémentaires. Selon nos informations, Owendo conserve sa vocation commerciale conteneurisée, tandis que Kobe-Kobe se destine aux flux miniers et aux navires hors gabarit.

La convention confie à AGL la mise en œuvre d’un système logistique intégré articulé autour d’un axe ferroviaire reliant Belinga au futur port. Philippe Labonne, président du groupe AGL, a annoncé le lancement du chantier en mai 2026, avec un délai de construction estimé à cinq ans. Cet axe rail-port vise à acheminer les ressources du gisement de fer de Belinga, l’un des plus importants du continent, vers les marchés internationaux.

AGL n’est pas un nouvel entrant dans le paysage économique gabonais. À travers l’Owendo Container Terminal (OCT) et le chantier naval DPS de Port-Gentil, le groupe emploie plus de 1 100 collaborateurs, dont 98 % de Gabonais, génère près de 1 000 emplois indirects et a investi plus de 20 milliards de francs CFA au cours des trois dernières années. À l’échelle du continent, AGL opère dans 51 pays et gère 24 concessions portuaires.

Au-delà des infrastructures, le projet porte une dimension sociale. Les parties ont formulé l’ambition de faire de Kobe-Kobe un vecteur de croissance inclusive, à travers la création d’emplois, le soutien aux PME locales et l’amélioration des conditions de vie des populations riveraines. Des chiffres plus larges circulaient dès décembre 2025, lors des premières validations présidentielles du projet, évoquant jusqu’à 160 000 emplois directs et indirects à l’horizon 2030.

L’accord du 23 avril intervient dans un contexte de compétition régionale entre corridors logistiques. Libreville entend, à travers Kobe-Kobe, réduire les coûts logistiques, fluidifier les échanges commerciaux et renforcer la compétitivité du pays face à ses voisins d’Afrique centrale. Le port de Kribi, au Cameroun, dont le deuxième terminal à conteneurs a été inauguré en mai 2025, illustre l’intensité de cette course aux infrastructures portuaires dans le golfe de Guinée.

La convention Gabon-AGL traduit, pour la transition militaire au pouvoir depuis août 2023, la volonté de convertir les ressources naturelles du pays en capacités industrielles souveraines, un pari que les cinq prochaines années devront confirmer sur le terrain.