Le cabinet des Big Four, PwC rattrapé par la fraude en Afrique
- Le corporate
- 23 mars 2026
- Editorial
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La Banque mondiale a exclu trois filiales africaines de PwC de ses marchés pour 21 mois. Les entités mauricienne, kényane et rwandaise ont reconnu des pratiques de collusion et de fraude sur un projet énergétique en Éthiopie.
Le géant mondial de l’audit n’échappe pas aux règles. Le 18 mars 2026, la Banque mondiale a prononcé l’exclusion de PricewaterhouseCoopers Associates Africa Ltd., basée à Maurice, de PricewaterhouseCoopers Limited Kenya et de PricewaterhouseCoopers Rwanda Limited. Durée de la sanction : 21 mois. Les trois entités sont désormais hors-jeu sur l’ensemble des projets financés par le Groupe de la Banque mondiale.
Les faits remontent à 2019. Le théâtre des opérations : le projet d’interconnexion électrique en Afrique de l’Est, conçu pour réduire les coûts d’approvisionnement en énergie au Kenya et générer des revenus pour l’Éthiopie via l’exportation d’électricité. Sur ce chantier, PwC Associates, PwC Kenya et PwC Rwanda ont soutenu des informations confidentielles auprès de responsables du projet. L’objectif : peser sur l’attribution d’un contrat de conseil portant sur la mise en œuvre des normes IFRS pour Ethiopian Electric Power Corporation.
Le cabinet ne s’est pas arrêté là. Les trois entités ont également manœuvré pour obtenir le contrat d’inventaire et de réévaluation des actifs fixes de l’Ethiopian Electric Utility. Dans ce dossier, PwC Associates a fourni des données erronées sur les qualifications et le statut de ses experts clés, tout en dissimulant une partie de ses sous-consultants. Des faits que la Banque mondiale qualifie sans ambiguïté de pratiques de collusion et de fraude.
Aveux et coopération
Face à l’institution de Washington, les trois firmes ont choisi la voie de l’accord. Elles reconnaissent leur responsabilité dans les pratiques sanctionnables. En contrepartie de cette coopération, la durée de l’exclusion a été réduite. Les entités ont conduit une enquête interne, pris des mesures disciplinaires contre les responsables, rompu tout lien commercial avec les sous-consultants impliqués et formé leur personnel. Elles s’étaient également abstenues de soumissionner aux marchés de la Banque mondiale durant les négociations.
PricewaterhouseCoopers Africa Limited, qui assure la coordination et la supervision du réseau PwC sur le continent, a signé l’accord en qualité de partie non sanctionnée. Sa responsabilité sur la conformité de ses membres lui a valu cette mise en cause directe.
Une onde de choc au-delà de la Banque mondiale
La sanction ne se limite pas aux seuls guichets de Washington. En vertu de l’accord de mise en œuvre mutuelle des décisions d’exclusion, signé entre banques de développement multilatérales en avril 2010, la décision est susceptible de déclencher une exclusion croisée auprès d’autres institutions sœurs. Pour lever l’interdiction au terme des 21 mois, PwC Associates, PwC Kenya et PwC Rwanda devront mettre en place un programme de conformité conforme aux lignes directrices de la Banque mondiale et maintenir leur coopération avec sa Vice-présidence en charge de l’intégrité.
Pour les Big Four, dont la réputation repose sur l’indépendance et la rigueur, le coup est sévère. Sur un continent où les financements des bailleurs internationaux structurent une part des marchés du conseil, l’exclusion de trois entités PwC redessine, pour 21 mois au moins, l’échiquier du secteur.



