Gabon : réforme du secteur informel, entre protection du marché national et débat sur l’inclusion
- Le corporate
- 14 août 2025
- Editorial
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Le secteur informel pèse lourd dans l’économie gabonaise entre 40 à 50 % du PIB selon le FMI et la Direction générale des Impôts , mais échappe en grande partie aux caisses de l’État. Dynamique et vital pour l’emploi, notamment des jeunes et des femmes, il reste largement non régulé. Le 12 août 2025, le gouvernement a franchi un cap en annonçant une réforme d’envergure pour structurer ce vivier économique et réserver certaines activités aux nationaux.
Sept métiers désormais interdits aux étrangers
Dans une logique de souveraineté économique et de promotion de l’entrepreneuriat local, sept professions de proximité passent sous monopole gabonais :
• commerce de détail
• réparation de téléphones
• coiffure et soins esthétiques de rue
• transferts d’argent non agréés
• orpaillage artisanal non autorisé
• intermédiation informelle dans l’achat de récoltes
• exploitation non enregistrée de petits ateliers ou de machines de jeux
La mise en œuvre sera progressive, avec une période transitoire et un appui des collectivités locales. Formalisation, simplification administrative, accompagnement technique et accès au financement sont annoncés pour soutenir la montée en puissance des opérateurs gabonais.
Un débat national et régional
Si certains, à l’instar du député Geoffroy Foumboula, saluent une mesure de souveraineté et l’expression du “Gabon d’abord”, d’autres dénoncent une marginalisation des étrangers. L’influenceuse ivoirienne Edith Brou critique une atteinte à l’hospitalité gabonaise, rappelant l’apport des expatriés à l’économie locale.
Entre ces positions tranchées, des voix plus prudentes, comme la journaliste gabonaise Rudy Hombenet, s’interrogent sur la capacité des nationaux à occuper ces postes souvent exigeants et peu valorisés, tout en appelant à laisser leur chance aux entrepreneurs locaux.
Enjeux économiques et fiscaux
Les chiffres donnent la mesure du défi. En 2021, une enquête au marché de Mont-Bouët révélait que sur 1 400 entreprises, près de 500 opéraient totalement hors du cadre légal. Le manque à gagner pour l’État se chiffre en dizaines de milliards de FCFA chaque année. En régulant ce secteur, le gouvernement espère élargir l’assiette fiscale, réduire le chômage des jeunes (plus de 30 %) et renforcer l’inclusion économique.
Reste une question centrale : les dispositifs d’accompagnement seront-ils suffisants pour transformer cette réforme en moteur de croissance inclusive, plutôt qu’en source de tensions sociales.



