Gabon : la direction des banques et microfinances bientôt réservée aux nationaux
- Le corporate
- 15 septembre 2025
- Editorial
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Le gouvernement gabonais a annoncé, à l’issue du Conseil des ministres du 9 septembre 2025, son intention de réserver aux citoyens gabonais les fonctions de directeur général des banques, établissements financiers et structures de microfinance opérant sur le territoire national. Des dérogations pourront toutefois être accordées par le Comité national économique et financier (CNEF).
Cette décision intervient dans un contexte marqué par la progression des créances douteuses et litigieuses liées au non-remboursement des crédits. Un phénomène jugé préoccupant par les autorités, car il menace la stabilité financière du pays à moyen terme.
En effet, une créance douteuse désigne un prêt dont le remboursement devient incertain, soit en raison d’impayés prolongés, soit à cause de la dégradation de la situation financière de l’emprunteur. Les chiffres officiels sont révélateurs : ces créances atteignaient 142,3 milliards de FCFA en 2017, puis 151,5 milliards en 2018, avant d’enregistrer une légère baisse en 2019. Cette situation continue toutefois de limiter l’accès au crédit pour les ménages et les petites entreprises.
Pour les autorités gabonaises, un encadrement plus strict de l’accès aux postes de direction pourrait contribuer à renforcer la solidité du système bancaire et de la microfinance, tout en réduisant les risques systémiques. En confiant ces responsabilités à des nationaux, le gouvernement souhaite placer aux commandes des acteurs mieux imprégnés des réalités économiques locales et du comportement des emprunteurs, tout en consolidant la confiance des usagers.
Le Gabon n’est pas isolé dans cette orientation. Plusieurs pays africains ont déjà instauré des mesures similaires :
• Nigeria : la Banque centrale impose que le directeur général d’une banque commerciale soit de nationalité nigériane.
• Kenya : les postes de CEO et de président des banques sont réservés aux Kényans, avec très peu de dérogations.
• Ghana : la Banque du Ghana favorise systématiquement la nomination de nationaux à la tête des établissements financiers, obligeant parfois les filiales étrangères à remplacer leurs dirigeants expatriés.
• Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie) : dans la pratique, les directions générales des banques locales sont quasi exclusivement confiées à des nationaux, même lorsque les établissements ont un actionnariat étranger.
Ces choix traduisent une volonté partagée de renforcer la souveraineté financière, de mieux aligner les politiques de crédit sur les réalités économiques locales et de promouvoir les compétences nationales dans un secteur stratégique.



