Gabon : 75 milliards de dollars de services forestiers non rémunérés

Le Gabon, dont plus de 90 % du territoire est couvert de forêts tropicales, joue un rôle écologique majeur à l’échelle mondiale, notamment en matière de séquestration du carbone. En 2020, ses forêts ont retenu l’équivalent de 29,8 milliards de tonnes de CO₂, soit davantage que les émissions annuelles de l’Union européenne pendant plusieurs décennies. Ce service écologique, invisible dans les indicateurs économiques classiques comme le PIB, a été évalué à 75,1 milliards de dollars, selon la dernière note de conjoncture économique du pays, publiée en juin dernier.

Mais derrière cette contribution colossale se cache un paradoxe : le Gabon n’est pas suffisamment compensé pour ce service rendu à la planète. Face à cette injustice climatique, quelques mécanismes de compensation ont vu le jour. Le plus notable est l’accord signé en 2019 entre le Gabon et la Norvège, dans le cadre de l’Initiative pour les forêts d’Afrique centrale (CAFI). Ce partenariat prévoit jusqu’à 150 millions de dollars de paiements basés sur les résultats du mécanisme REDD+, qui récompense les pays pour la réduction de la déforestation ou la conservation de leurs stocks de carbone. Le Gabon est ainsi devenu le premier pays au monde à recevoir ces paiements REDD+, avec un premier versement effectué en 2021. Mais ce succès reste modeste au regard de la valeur réelle des services rendus.

Quelle solution pour le Gabon ? Pour valoriser durablement ses services climatiques, le pays doit, selon les spécialistes, renforcer ses capacités institutionnelles, intégrer les services écosystémiques dans ses comptes nationaux — comme le souhaitent les nouvelles autorités — et diversifier son économie autour des ressources renouvelables. À l’international, le Gabon doit batailler pour que que les bailleurs et les institutions rétribuent davantage ses efforts, à travers des mécanismes de financement plus équitables, transparents et accessibles, comme le Fonds vert pour le climat, les marchés carbone régulés, ou des partenariats bilatéraux renforcés.

« Le Gabon ne demande pas la charité, mais la juste rémunération d’un service vital pour l’humanité. Dans un monde en quête de solutions climatiques, il est temps de reconnaître que préserver les forêts est aussi précieux — sinon plus — que planter de nouveaux arbres », reconnaît une source de la Banque mondiale.

Cependant, les défis restent nombreux. A en croire la Note de conjoncture, les marchés du carbone sont encore peu accessibles, les procédures de vérification complexes, et les prix du carbone sur les marchés volontaires bien inférieurs au coût social estimé à 52,5 dollars par tonne de CO₂ en 2020 (selon Nordhaus). En parallèle, les pressions sur les forêts s’intensifient au Gabon. C’est dire que le pays est à la croisée des chemins. Il peut devenir un modèle de développement durable, à condition que la communauté internationale rétribue la valeur réelle de ses forêts et l’aide à transformer ce capital naturel en…cash.