Dette publique : la CEMAC a accumulé 900 milliards FCFA d’arriérés en 2024
- Le corporate
- 27 décembre 2025
- Editorial
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Malgré une mobilisation massive de financements en 2024, les pays de la CEMAC font face à une accumulation d’arriérés de paiement.
La situation de la dette au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) révèle un arbitrage budgétaire préocupant. Pour préserver leur notation souveraine et garantir leur accès futur aux marchés financiers internationaux, les six États membres (Cameroun, Congo, Gabon, RCA, Tchad et Guinée Équatoriale) ont érigé le désendettement extérieur en priorité absolue, au détriment de leurs tissus économiques nationaux.
En 2024, les États de la zone ont accumulé un total de 898,9 milliards FCFA d’arriérés de paiement. Le détail de cette enveloppe est frappant : les arriérés intérieurs sont ressortis à 851,4 milliards FCFA, soit 94,7 % du total contre 47,5 milliards FCFA, soit seulement 5,3 % pour les arriérés extérieurs : environ
Ce déséquilibre illustre une stratégie délibérée : les gouvernements préfèrent accumuler des dettes auprès des entreprises locales et des prestataires nationaux plutôt que de risquer un défaut de paiement vis-à-vis des bailleurs de fonds internationaux (FMI, Banque Mondiale, créanciers bilatéraux).
Pourtant, la mobilisation de ressources n’a pas manqué. En 2024, les pays de la zone ont bénéficié de tirages extérieurs (1 878,3 milliards FCFA) et de dons (476,1 milliards FCFA). Cependant, ces flux financiers n’ont pas irrigué les économies locales. Selon la Commission, l’essentiel de ces ressources a été utilisé pour : amortir la dette extérieure à hauteur de 2 029,9 milliards FCFA, se désendetter vis-à-vis du système financier régional (242,9 milliards FCFA).
Parallèlement, les charges d’intérêt ont bondi de 25,9 % pour atteindre 1 475,6 milliards FCFA, principalement portées par l’explosion des intérêts de la dette intérieure (+44,6 %). Pour rappel, le stock global de la dette communautaire s’établit désormais à 39 769,6 milliards FCFA (en hausse de 6,3 %), composé à 54,5 % de dette extérieure.
Si le taux d’endettement moyen s’améliore légèrement pour s’établir à 51,5 % du PIB, la situation est disparate selon les pays : le Congo (94,9 %) et le Gabon (72,8 %) dépassent largement le plafond communautaire fixé à 70 %. Par contre, Le Cameroun demeure le principal contributeur au stock de dette régional avec 31,5 % de l’encours global, suivi du Gabon (21,5 %) et du Congo (18,9 %). En accumulant massivement des arriérés intérieurs, les États de la CEMAC font peser un risque de faillite sur les PME locales et freinent l’investissement privé. Si cette stratégie préserve la signature des États à l’international, elle asphyxie progressivement le moteur de la croissance interne.



