Dette, crédibilité, vie chère… : les défis de Thierry Minko, nouveau ministre des Finances au Gabon

Nommé le 1er janvier 2026 au sein du nouveau gouvernement de 31 membres formé par le Président Brice Clotaire Oligui Nguema, Thierry Minko prend les rênes d’un ministère stratégique. Succédant au banquier Henri-Claude Oyima après seulement six mois, ce fin connaisseur des rouages financiers hérite d’une feuille de route complexe sous le signe de l’urgence économique .

Un profil de technicien pour rassurer les marchés

Bien que peu d’éléments biographiques circulent officiellement, Thierry Minko n’est pas un inconnu dans les arcanes de la haute finance gabonaise. Formé à l’Université Omar Bongo (UOB) et à l’Institut de l’Économie et des Finances (IEF), il a notamment occupé les fonctions de Directeur de la Dette. Ce profil de spécialiste est un signal fort envoyé aux partenaires techniques et financiers dans un contexte de fragilité souveraine.

Le défi de la soutenabilité de la dette

C’est le dossier prioritaire sur le bureau du ministre. À la fin octobre 2025, l’encours global de la dette publique gabonaise atteignait 8 606,6 milliards FCFA, soit une envolée de 20,7 % en moins d’un an. L’objectif : ramener le taux d’endettement, estimé à 72,8 % du PIB par la BEAC, sous la barre fatidique des 70 % dictée par les critères de convergence de la CEMAC. L’enjeu : inverser la courbe pour éviter l’asphyxie budgétaire et garantir le financement des projets de transition.

Restaurer la signature du Gabon

Le pays traverse une crise de confiance sur les marchés internationaux. Le 19 décembre dernier, l’agence Fitch Ratings a abaissé la note souveraine du Gabon de « CCC » à « CCC- ». Cette dégradation est le fruit de tensions de trésorerie persistantes et d’un accès de plus en plus restreint aux marchés financiers. La mission de Thierry Minko sera de restaurer la crédibilité du pays par une gestion rigoureuse et transparente afin d’améliorer les conditions d’emprunt.

Arbitrages budgétaires : entre ambition et rationalisation

Thierry Minko devra exécuter un budget 2026 particulièrement ambitieux, validé à 6 358,2 milliards FCFA (+51,2 % par rapport à 2025). Le paradoxe est de taille : les dépenses de fonctionnement bondissent de 3,6 % pour atteindre 3 696,9 milliards FCFA. Les prévisions de recettes budgétaires sont en repli de 4 %, s’établissant à 4 153,9 milliards FCFA. Le nouveau ministre devra donc impérativement accentuer la mobilisation des recettes tout en rationalisant le train de vie de l’État pour combler le déficit.

L’héritage d’Henri-Claude Oyima : continuité ou rupture ?

Thierry Minko est attendu sur la poursuite des 10 mesures chocs lancées par son prédécesseur en octobre 2025. Ces chantiers structurants incluent : la digitalisation régies financières pour limiter les déperditions de recettes, restaurer l’Inspection Générale des Finances (IGF) et renforcer la redevabilité, rationaliser les agences et établissements publics et assainir la gestion des participations de l’État.

Sur le plan social, il faudra piloter la lutte contre la vie chère, un volet sensible qui touche directement le quotidien des Gabonais. Thierry Minko dispose ainsi d’une marge de manœuvre étroite. Entre la nécessité de financer le développement national et l’obligation de respecter l’orthodoxie financière internationale, son succès dépendra de sa capacité à transformer ces réformes administratives en résultats concrets pour le panier de la ménagère.