De l’informel au formel : le pari africain des monnaies numériques stables
- Le corporate
- 22 août 2025
- Editorial
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Avec plus de 40 % du PIB lié à l’informel, l’Afrique reste confrontée à une exclusion financière persistante. Trop coûteuse à intégrer pour les banques, cette économie vit en marge des circuits officiels. Mais une innovation pourrait rebattre les cartes : les stablecoins, cryptomonnaies adossées à une monnaie fiduciaire comme le dollar, garantissant une stabilité absente du Bitcoin ou de l’Ethereum.
Selon Yellow Card, plus de 54 millions d’Africains détiennent déjà des actifs numériques, et l’Afrique subsaharienne affiche le plus fort taux d’adoption mondiale des stablecoins (9,3 %). Le Nigeria concentre près de la moitié des utilisateurs, selon Chainalysis. Pour des entrepreneurs comme Jonathan Katende (Lipaworld), ces actifs constituent une réponse directe aux besoins quotidiens : paiements scolaires, transferts P2P, achats de biens essentiels.
Leur démocratisation passe néanmoins par des partenariats public-privé, une meilleure acceptation des commerçants et des campagnes d’éducation financière. En toile de fond, la réaction des États et des banques centrales sera décisive : certains y voient un outil d’inclusion, d’autres une menace pour la souveraineté monétaire.
Au-delà de la simple adoption par les utilisateurs, les stablecoins soulignent aussi la nécessité d’un écosystème réglementaire clair et cohérent. Les pays africains sont confrontés à des approches très diverses : certains explorent des monnaies numériques de banque centrale (CBDC) pour encadrer l’innovation, tandis que d’autres laissent le marché se développer de manière plus libre. Cette dualité crée un terrain d’expérimentation, où l’efficacité des stablecoins dépendra autant de la technologie que de la capacité des institutions publiques à harmoniser les règles, protéger les consommateurs et prévenir les risques financiers.
Entre innovation des fintechs et encadrement institutionnel, l’avenir des stablecoins en Afrique se jouera dans la capacité à relier économie informelle et système financier formel, tout en préservant la stabilité macroéconomique. Leur succès pourrait redessiner le paysage monétaire du continent, tout en offrant un pont entre l’informel, longtemps marginalisé, et les circuits financiers officiels.



