CEMAC : La dette du Congo sur le marché régional des titres publics atteint 2 966 milliards FCFA à fin mai 2026
- Le corporate
- 29 juillet 2026
- Editorial
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À fin mai 2026, l’encours des titres publics émis par les six États de la CEMAC dépasse pour la première fois 10 000 milliards FCFA. Les bons et obligations du Trésor émis par les six États de la zone atteint 10 020,5 milliards FCFA, soit environ 17,4 milliards de dollars, contre à peine plus de 1 000 milliards FCFA huit ans plus tôt. Le Congo occupe une place particulière dans cette dynamique, avec un encours de 2 966,3 milliards FCFA, ce qui correspond à 29,6 % du total régional.
Ces données ont été communiquées le 27 juillet par Serge Dino Daniel Ngassackys, directeur national de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) pour le Congo, lors d’une mission d’assistance technique menée auprès du Trésor public congolais. Selon les chiffres qu’il a présentés, la dette du Congo sur ce marché reste inférieure à celle du Gabon, premier émetteur régional avec 3 104,3 milliards FCFA, soit environ 31 % de l’encours global. Le Cameroun suit avec 1 972,1 milliards FCFA, devant le Tchad, la République centrafricaine et la Guinée équatoriale.
La base des investisseurs qui détiennent les titres congolais se répartit ainsi. Les spécialistes en valeurs du Trésor concentrent 54,08 % de l’encours. Les établissements de crédit non spécialistes en valeurs du Trésor en portent 24,68 %. Les investisseurs institutionnels en détiennent 17,02 %, et les personnes physiques 4,22 %. Cette structure traduit une diversification progressive des acteurs présents sur ce compartiment.
Le directeur national de la BEAC signale toutefois deux difficultés. D’une part, les échéances du Congo se concentrent sur le court et le moyen terme, ce qui multiplie les besoins de refinancement rapprochés. D’autre part, le coût des ressources mobilisées augmente depuis plusieurs trimestres, ce qui réduit les marges budgétaires disponibles pour l’État.
Face à ce constat, la BEAC recommande au Congo de revoir sa stratégie de gestion de la dette et de la trésorerie publique. L’institution suggère une coordination renforcée entre le calendrier des émissions et la programmation budgétaire, ainsi qu’une anticipation plus précise des besoins de financement. Elle recommande également un suivi plus é
troit des risques liés à la dette et un recours à des maturités plus longues, afin de limiter la pression que font peser les remboursements groupés sur la trésorerie publique. Un dialogue plus régulier avec les investisseurs figure aussi parmi les pistes évoquées, dans le but d’améliorer les conditions de financement sans fragiliser la stabilité du marché régional.
Cette recommandation intervient dans un contexte où l’exposition des banques de la CEMAC aux signatures souveraines s’est fortement accrue. Selon le Fonds monétaire international, cette exposition est passée d’environ 10 % des actifs bancaires en 2015 à près de 31 % fin 2023, certains établissements dépassant même la moitié de leurs actifs placés en titres d’État. Le marché secondaire, censé fluidifier les échanges entre investisseurs, demeure quant à lui peu actif, ce qui limite les marges de manœuvre des banques les plus exposées.
Le gouvernement congolais poursuit en parallèle un programme de réformes des finances publiques. La principale porte sur la mise en place d’un compte unique du Trésor, dont la convention d’ouverture avec la BEAC est en cours de finalisation. Ce dispositif doit permettre de regrouper les ressources publiques sur un compte unique logé à la banque centrale, afin de donner à l’État une vision consolidée de sa trésorerie.
Une seconde réforme concerne le déploiement du switch monétique national FOUTA, actuellement en phase pilote. Cette plateforme doit permettre de digitaliser le paiement des impôts, des droits de douane, des recettes administratives et des revenus tirés du portefeuille de l’État. Les autorités attendent de cet outil un meilleur suivi des encaissements et une réduction des pertes constatées dans les procédures de paiement physiques.
Pour un pays qui pèse pour près de 30 % dans l’encours régional des titres publics, la question posée désormais porte sur l’équilibre entre la mobilisation continue de ressources sur ce marché, la maîtrise du coût de la dette et la préservation des équilibres budgétaires à moyen terme. Les six pays de la CEMAC ont par ailleurs annoncé leur intention de lever environ 4000 milliards FCFA sur ce marché au cours de l’année 2026, ce qui devrait maintenir la pression sur les taux et sur l’exposition des banques régionales.



