Assala Energy : entre souveraineté retrouvée et clauses opaques du deal avec Gunvor
- Le corporate
- 15 septembre 2025
- Editorial
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Plus d’un an après l’annonce retentissante de la nationalisation d’Assala Energy par la Gabon Oil Company (GOC), les contours financiers et stratégiques de l’opération continuent d’alimenter débats et interrogations. Présenté comme un jalon majeur dans la reconquête de la souveraineté pétrolière, ce rachat s’accompagne de lourds engagements financiers et de clauses contractuelles encore méconnues.
Le 21 juin 2024, la GOC a finalisé le rachat d’Assala Energy, auparavant détenue par le fonds Carlyle Group, pour un montant officiel de 1,055 milliard de dollars (environ 633 milliards de FCFA). L’État gabonais, à travers sa société pétrolière nationale, a ainsi repris le contrôle d’un acteur clé, deuxième producteur du pays.
Mais l’opération n’aurait pas été possible sans l’appui du trader suisse Gunvor, qui a fourni un financement intégral de 1,055 milliard de dollars, remboursable sur cinq ans. Le calendrier est strict : 20 millions de dollars par mois, soit environ 240 millions de dollars par an (144 milliards de FCFA), à partir de septembre 2024. Les termes complets du contrat n’ont toutefois jamais été publiés, et plusieurs observateurs soulignent le caractère opaque de certaines clauses.
Selon des enquêtes spécialisées, Gunvor aurait obtenu en contrepartie du financement des droits commerciaux sur une partie significative de la production d’Assala, un schéma courant dans les préfinancements de traders pétroliers. Autrement dit, le remboursement du prêt ne se limiterait pas à un simple flux financier : il passerait aussi par l’affectation prioritaire de barils au trader, limitant la marge de manœuvre de la GOC pour choisir ses acheteurs et optimiser ses revenus.
Au-delà de ces droits de commercialisation, plusieurs hypothèses circulent quant à des concessions additionnelles, difficiles à vérifier en raison de clauses de confidentialité. Parmi elles :
• des garanties sur les flux futurs d’exportation,
• des prix préférentiels ou décotés pour Gunvor,
• des mécanismes d’arbitrage internationaux en cas de litige,
• voire des droits renforcés en cas de défaut de remboursement.
Autant d’éléments qui, s’ils se confirmaient, nuanceraient le discours officiel d’une « souveraineté totale » sur le pétrole gabonais.
Sur le plan opérationnel, Assala a connu une embellie depuis son intégration à la GOC. Alors que la société produisait environ 40 700 barils par jour en 2023, la production a atteint près de 52 000 barils/jour en 2024, soit environ un quart de la production nationale.
Cette progression s’explique par la relance d’opérations de forage, des travaux d’intégrité sur les gisements matures et le déploiement de nouveaux rigs. La direction d’Assala, confiée à Edgar Mba Ognane Nguema, a également annoncé des projets d’extension, dont le futur développement du champ N’Gongui, susceptible d’ajouter jusqu’à 15 000 barils par jour.
À court terme, cette dynamique offre un levier pour soutenir les flux de trésorerie, indispensables au remboursement de la dette contractée auprès de Gunvor.
L’acquisition d’Assala Energy a permis au Gabon de reprendre le contrôle direct de 25 % de sa production pétrolière, un symbole fort pour la transition politique et économique engagée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema. Mais derrière ce symbole se profile une réalité plus nuancée : la dépendance financière vis-à-vis d’un trader privé, dont les contreparties contractuelles restent floues.
Le succès de l’opération dépendra de la capacité de la GOC à conjuguer trois impératifs :
1. maintenir et accroître la production pour générer des revenus suffisants ;
2. assurer un service régulier de la dette sans fragiliser les finances publiques ;
3. instaurer une gouvernance transparente, en clarifiant les clauses de l’accord et en renforçant les mécanismes de reporting.
Le rachat d’Assala Energy illustre le dilemme des pays producteurs africains : affirmer leur souveraineté sur les ressources tout en s’appuyant sur des financements externes aux conditions exigeantes. Pour le Gabon, le défi est désormais de transformer ce symbole politique en un succès économique durable, en prouvant que la nationalisation ne s’est pas faite au prix de nouvelles dépendances invisibles.



