Gabon : Les créances en souffrance reculent de 10,30 %, mais le taux de provisionnement bondit à 90,36 %
- Le corporate
- 29 juillet 2026
- Editorial
- 0Commentaires
Les données publiées par l’Association Professionnelle des Établissements de Crédit du Gabon pour le mois de juin 2026, dessinent une évolution en apparence rassurante de la qualité du crédit bancaire national. Les créances en souffrance, c’est à dire les prêts dont le remboursement est compromis ou en retard significatif, s’établissent à 231,12 milliards de FCFA au 30 juin 2026, contre 257,66 milliards de FCFA au 31 décembre 2025. Soit une baisse de 10,30 % en six mois.
À première vue, cette diminution pourrait être interprétée comme le signe d’un assainissement progressif des portefeuilles de crédit des banques gabonaises. Pourtant, un second indicateur invite à nuancer sensiblement cette lecture optimiste. Le taux de provisionnement, qui mesure la part des créances en souffrance couverte par des provisions comptables destinées à absorber d’éventuelles pertes, grimpe à 90,36 % au 30 juin 2026, contre seulement 79,74 % au 31 décembre 2025. Une progression de plus de dix points en un semestre qui mérite d’être questionnée.
Cette hausse spectaculaire du taux de provisionnement global masque en réalité des situations très disparates entre les huit établissements du secteur. Certaines banques affichent des niveaux de couverture qui dépassent même la totalité de leurs créances douteuses. UGB atteint ainsi un taux de provisionnement de 103,78 %, tandis que Citibank affiche un taux de 100 %. À l’inverse, UBA Gabon ne couvre que 33,71 % de ses créances en souffrance, un niveau nettement inférieur à la moyenne sectorielle, suivi par BCEG à 73,22 %.
Entre ces deux extrêmes, BGFIBank affiche un taux de 96,95 %, AFG Bank 88,87 %, Orabank 78,95 % et Ecobank 84,80 %. Ces écarts interrogent sur l’homogénéité des pratiques prudentielles au sein du secteur bancaire gabonais. Une banque comme UBA Gabon, avec un provisionnement à seulement un tiers de ses créances douteuses, pourrait se retrouver exposée à un choc comptable brutal si elle devait aligner sa politique de provisionnement sur la moyenne du marché.
Plusieurs hypothèses peuvent expliquer ce mouvement général de renforcement des provisions. La première tient à un possible durcissement des normes prudentielles imposées par la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale, qui pousserait les établissements à mieux couvrir leurs risques identifiés. La seconde renvoie à une gestion plus rigoureuse et anticipée du risque de crédit par les banques elles-mêmes, dans un contexte où l’encours total de crédit à la clientèle a bondi de 12,69 % sur la même période, atteignant 2 439,35 milliards de FCFA hors titres publics. Une croissance rapide du crédit s’accompagne généralement d’une vigilance accrue sur la qualité des nouveaux engagements comme sur le stock existant.
Une troisième explication, plus prudente, ne peut être écartée. La baisse du montant brut des créances en souffrance pourrait en partie résulter d’opérations d’assainissement comptable, telles que des sorties de créances totalement provisionnées et jugées irrécouvrables, plutôt que d’une amélioration réelle et durable du comportement de remboursement des emprunteurs. Dans ce cas, la baisse de 26,54 milliards de FCFA en volume ne traduirait pas nécessairement une embellie économique pour les débiteurs, mais davantage un nettoyage technique des bilans bancaires.
Ce double mouvement, recul des impayés d’un côté et renforcement massif des provisions de l’autre, place le secteur bancaire gabonais dans une position financièrement plus solide sur le papier au 30 juin 2026. Il reste néanmoins à déterminer si cette solidité apparente traduit une réalité économique durable ou une simple photographie comptable à un instant donné, une question que seule l’observation des prochains trimestres permettra de trancher avec certitude.


