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Scission de la SEEG : Entre grands changements en vue et des pièges financiers qui guettent Libreville

Le Conseil des ministres, réuni le jeudi 25 juin 2026 sous la présidence du chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, a formellement validé l’acte de décès du monopole historique de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG).

À travers l’adoption de deux projets de loi majeurs, Libreville scinde définitivement ces activités pour donner naissance à deux entités autonomes : la « Gabonaise des Eaux » et « Électricité du Gabon ». Cette réorganisation s’appuie sur des fondements légaux stricts, le communiqué officiel précisant que ces textes sont « pris en application des dispositions de l’article 94 de la Constitution et des articles 30 et 31 de la loi n° 11/82 du 24 janvier 1983 portant régime juridique des établissements publics, des sociétés d’État, des sociétés d’économie mixte et des sociétés à participation financière publique ». L’objectif affiché par le gouvernement est de rompre avec l’inefficacité du passé et de « doter les secteurs de l’eau potable et de l’électricité d’opérateurs publics dédiés et spécialisés ».

Sociétés d’économie mixte

Sous leur nouvelle configuration, les deux entités évolueront sous la forme de sociétés d’économie mixte (SEM), directement « chargées d’assurer, pour le compte de l’État, l’exploitation du service public ». Par définition, une SEM est une société anonyme de droit privé dont le capital et la gouvernance sont partagés entre la puissance publique et des actionnaires privés. Pour la SEEG, ce modèle de gestion mixte avait déjà prévalu lors de sa privatisation en 1997, lorsque le groupe français Générale des Eaux (devenu Veolia) avait pris 51 % du capital, contre 49 % pour l’État.

Cette période s’était initialement traduite par une dynamique commerciale positive, l’entreprise revendiquant une progression de ses abonnés entre 1997 et 2016, passés de 100 000 à 294 552 pour l’électricité, et de 59 000 à 171 935 pour l’eau. Cependant, face à la dégradation continue du réseau, aux délestages chroniques et aux fortes disparités d’accès à l’eau potable, Libreville impose aujourd’hui une séparation de corps. En attendant l’examen du projet de loi par le Parlement, la répartition exacte des futurs actifs reste à déterminer :

l’État gabonais choisira-t-il d’être majoritaire ou minoritaire dans ce nouveau schéma ? Quid du capital social?

Quoi qu’il en soit, les cahiers des charges s’annoncent denses. Pour la « Gabonaise des Eaux », les prérogatives engloberont l’ensemble de la chaîne, « notamment à travers la production, le transport, le stockage, la distribution et la commercialisation de l’eau, ainsi que le renforcement des infrastructures ». De son côté, « Électricité du Gabon » aura la lourde charge de moderniser un réseau national à bout de souffle et d’accélérer « la promotion de la transition énergétique et la sécurité de l’approvisionnement sur l’ensemble du territoire national ». L’exécutif fait de cette réforme le fer de lance de sa politique de développement, affirmant que « la création de ces entités vise à garantir la continuité et l’amélioration du service public, à renforcer les capacités de gestion des infrastructures hydrauliques et énergétiques, et à accompagner les objectifs nationaux d’accès universel à l’eau potable et à l’électricité ».

Pièges financiers

Cette trajectoire n’est pas isolée dans la sous-région et rappelle celle du Cameroun voisin, dont l’expérience invite toutefois à la prudence. Sur le front de l’électricité, l’ancienne Société nationale d’électricité (Sonel) créée en 1974 et privatisée en 2001 sous la pression des bailleurs de fonds au profit de l’américain AES, puis reprise en 2014 par le fonds britannique Actis (51% pour Actis, 44% pour le Cameroun et 5% pour le personnel) sous la bannière d’Eneo, a fini par être nationalisée. En mai 2026, l’État camerounais a racheté Eneo pour 78 milliards de FCFA pour donner naissance à la Socadel (Société camerounaise d’électricité) ; une structure publique détenue à 100 %.

Cette aventure privée laisse derrière elle un lourd passif de plus de 800 milliards de FCFA de dette, dont 500 milliards dus aux fournisseurs, sur fond de tensions liées aux impayés des entreprises publiques et à une fraude estimée à 60 milliards de FCFA par an (soit 15 % de pertes sèches). Côté eau, la Cameroon Water Utilities (Camwater), créée en 2005 et détenue à 100 % par l’État avec un capital de 28,3 milliards de FCFA, fait également face à d’importants défis financiers. Entre 2019 et 2021, son endettement massif.Celui-ci, qui s’élevait à la clôture de l’exercice 2021 à 289,3 milliards de FCFA envers les bailleurs de fonds étrangers et 88,3 milliards de FCFA auprès de la Caisse autonome d’amortissement, l’a classée parmi les entreprises publiques à « risque élevé ». Pour le Gabon, le défi consistera donc à réussir sa transition institutionnelle tout en évitant ces écueils financiers et structurels, ce d’autant plus que, en 2023, la dette de la SEEG était estimée à 250 milliards FCFA (dont 72 milliards imputables à l’État).