IMPACT RÉEL OU STRATÉGIE D'IMAGE

IMPACT RÉEL OU STRATÉGIE D’IMAGE

Bezos Earth Fund et Gabon Infini : Les deux faces d’un engagement climatique sous surveillance

Le Bezos Earth Fund s’est engagé en 2020 sur 10 milliards de dollars dédiés au climat et à la nature d’ici 2030. La contribution au programme Gabon Infini s’inscrit dans ce cadre. Mais la trajectoire récente de la fondation brouille la lecture de ses intentions.

Du côté d’Amazon, les données sont sans ambiguïté. Les émissions totales de l’entreprise ont atteint 68,25 millions de tonnes équivalent CO₂ en 2024, en hausse de 6 % par rapport à l’année précédente et de 33 % depuis 2019, année du lancement de son engagement net-zéro. Les émissions directes de l’entreprise ont progressé de 162 % depuis 2019, en contradiction frontale avec son engagement de réduire ses émissions de transport de 50 %.

La gouvernance du Bezos Earth Fund soulève des interrogations distinctes. En 2024, peu après qu’Amazon ait été retiré de la liste des entreprises validées par la SBTi pour non-respect de ses objectifs de réduction, le fonds a cessé de soutenir l’organisation. Cette séquence a été abondamment documentée. Le fonds avait joué un rôle central dans une tentative d’amener la SBTi à accepter les crédits carbones comme moyen pour les entreprises d’atteindre leurs objectifs net-zéro. La SBTi n’a pas cédé.

Des articles publiés par Bloomberg News et The Guardian en 2024 ont décrit des pressions exercées par le Bezos Earth Fund sur la SBTi pour assouplir ses standards carbones. Le fonds a démenti toute implication dans ces décisions.

En juillet 2025, Bezos a nommé à la tête du fonds un ancien cadre supérieur d’Amazon, sans expérience préalable dans la philanthropie ou les questions environnementales. Ce choix a renforcé les interrogations sur l’alignement entre les objectifs affichés du fonds et les intérêts commerciaux d’Amazon.

Les défenseurs du programme Gabon Infini font valoir que le modèle PFP lui-même protège contre l’instrumentalisation : les décaissements sont liés à des réformes légales et à des indicateurs de biodiversité vérifiables, indépendamment des agendas des bailleurs. Le Gabon se distingue par une intégrité forestière élevée, des taux de déforestation faibles et des écosystèmes largement intacts, des atouts qui précèdent le programme et lui confèrent une base de réalité.

La question que posent les ONG reste ouverte : un investissement de conservation territorialement fondé peut-il être dissocié d’une stratégie plus large visant à façonner les règles mondiales du marché carbone au profit des grandes entreprises émettrices ? Gabon Infini ne répond pas à cette question. Il en constitue, selon les angles de lecture, soit la démonstration de la complémentarité possible entre philanthropie et conservation, soit l’illustration de ses limites.