Télécoms : Le Cameroun veut récupérer 25 milliards FCFA sur les smartphones importés
- Le corporate
- 26 mai 2026
- Editorial
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Après une phase de régularisation volontaire, les autorités camerounaises passent au blocage des terminaux non dédouanés. L’État espère relancer les recettes fiscales liées au marché du téléphone mobile.
Le Cameroun engage une nouvelle étape dans le contrôle du marché des téléphones mobiles. À compter du 25 mai 2026, les opérateurs MTN Cameroon, Orange Cameroun et Camtel devront procéder au blocage progressif des terminaux non dédouanés identifiés sur leurs réseaux. La mesure vise près de 700 000 appareils déjà recensés par les services des Douanes.
Le dispositif résulte d’une collaboration entre la Direction générale des Douanes, l’Agence de régulation des télécommunications (ART) et les opérateurs télécoms. Depuis plusieurs mois, les autorités croisent les données des équipements connectés aux réseaux mobiles avec les déclarations d’importation enregistrées dans les bases douanières.
Le gouvernement cherche à reprendre le contrôle d’un marché dominé par les importations informelles. Smartphones achetés à l’étranger, appareils introduits par voie terrestre ou colis non déclarés alimentent depuis des années un circuit parallèle qui échappe aux recettes fiscales. Selon les estimations des autorités, le manque à gagner dépasse 25 milliards FCFA par an.
Le mécanisme repose sur l’identifiant IMEI, numéro unique attribué à chaque téléphone mobile. Les appareils non enregistrés dans le système douanier recevront d’abord des notifications invitant leurs propriétaires à régulariser leur situation. À défaut, les opérateurs devront suspendre progressivement l’accès aux services voix, SMS et internet mobile.
Les autorités présentent la mesure comme un outil de lutte contre la fraude commerciale mais aussi contre certains usages illicites. La centralisation des identifiants IMEI doit permettre d’améliorer la traçabilité des terminaux volés ou utilisés dans des opérations de cybercriminalité.
Cette opération marque aussi un changement dans le rôle des opérateurs télécoms. MTN, Orange et Camtel deviennent des relais techniques de la politique fiscale de l’État. Les entreprises devront intégrer les listes de terminaux à bloquer dans leurs systèmes d’authentification réseau, sous le contrôle de l’ART.
Le dossier reste toutefois sensible pour les consommateurs. Une partie des appareils ciblés appartient à des utilisateurs ayant acquis leurs téléphones sur le marché local sans connaissance de leur situation douanière. Des associations de consommateurs craignent des contestations liées aux procédures de régularisation et au coût des droits à acquitter.
Le Cameroun rejoint ainsi plusieurs pays africains ayant adopté des systèmes de contrôle des terminaux mobiles par IMEI. Le Kenya, l’Ouganda ou encore le Rwanda utilisent déjà des mécanismes comparables pour lutter contre la contrebande des appareils et sécuriser les recettes douanières.
Pour Yaoundé, l’enjeu dépasse le seul secteur des télécoms. Dans un contexte de pression sur les finances publiques, le gouvernement cherche à élargir l’assiette fiscale sans créer de nouveaux impôts. Le marché du smartphone, porté par une forte progression des usages numériques, apparaît désormais comme une source de recettes à sécuriser.



