Cameroun : Le service de cabotage de Gulfcam suspendu aux négociations avec les multinationales
- Le corporate
- 19 mai 2026
- Editorial
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L’Atlantic Runner II est à l’arrêt au port de Kribi depuis le 27 février 2026. Deux mois et demi après son amarrage, le navire de Gulfcam n’a pas effectué une seule rotation commerciale entre Kribi et Douala.
Gulfcam SAS est née en 2021 de la fusion entre Gulfin, spécialiste du transport de produits pétroliers, et Camship-CLGG, héritière de la Cameroon Shipping Lines fondée en 1974. Avec un capital de 4,67 milliards de FCFA, la nouvelle entité a repris l’ensemble des activités des deux sociétés. Le 6 mars 2026, depuis le Centre des Affaires Maritimes de Bonanjo à Douala, ses dirigeants ont annoncé la relance du cabotage conteneurisé sous la marque CAMSHIP.
Le service vise deux flux. D’un côté, les conteneurs déjà dédouanés à Kribi à destination de Douala, un trafic aujourd’hui entièrement routier. De l’autre, les exportateurs du Littoral qui souhaitent accéder aux grands navires de ligne à Kribi, port en eau profonde, pour rallier l’Asie, l’Amérique ou l’Europe. Le port de Douala ne peut accueillir ces navires de grande capacité en raison de son tirant d’eau insuffisant.
L’Atlantic Runner II, long de 180 mètres et d’une capacité de 1 100 EVP, peut transporter l’équivalent de la cargaison d’environ 1 000 camions par rotation. La direction de Gulfcam indique que les procédures douanières ont été validées par toutes les administrations concernées. La Douane a engagé les travaux d’intégration. Le navire, lui, reste à quai.
Le blocage est commercial et politique. Les grandes lignes maritimes internationales présentes au Cameroun contrôlent les flux de conteneurs entre les deux ports. Selon des sources proches du dossier citées par Gulfcam, des négociations sont en cours avec ces armateurs. Certains ont transmis un accord de principe, d’autres examinent encore les conditions économiques d’un partenariat. Le ministère des Transports conduit l’arbitrage.
La position des autorités, portée par le ministre Jean Ernest Massena Ngalle Bibehe, penche vers un système de quotas de trafic, réparti entre les quatre opérateurs en activité au Cameroun. Une telle répartition conditionne directement le volume de fret accessible à Gulfcam.
L’objectif à terme est d’acquérir six navires pour assurer trois rotations mensuelles minimum, avec un volume cible de 2 000 EVP par voyage. Plusieurs industriels ont signalé leur intention de devenir chargeurs du service. Ces engagements restent suspendus à l’issue des négociations en cours. Chaque semaine d’immobilisation représente un manque à gagner pour Gulfcam, pour les ports, et pour l’État.



