Hydrocarbures russes : Le registre maritime du Cameroun dans le viseur de l’Europe
- Le corporate
- 9 avril 2026
- Editorial
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Kribi, Limbé et Douala ont enregistré 37 pétroliers liés au registre russe en quelques mois d’après les données du ministère des Transports. Yaoundé, qui invoque ses contraintes opérationnelles, annonce une réforme de son administration maritime.
Le registre maritime du Cameroun se retrouve au cœur d’un contentieux diplomatique avec plusieurs partenaires européens. Selon des données du ministère des Transports, 37 pétroliers liés au registre maritime russe ont obtenu le pavillon camerounais, soulevant des interrogations sur la rigueur des procédures d’immatriculation nationale.
Ce mouvement ne s’est pas produit de façon uniforme dans le temps. Les données font apparaître une accélération nette entre novembre 2025 et février 2026, avec un pic en janvier et février. Cette concentration sur une courte période a renforcé, chez les observateurs européens, l’hypothèse d’un recours au pavillon camerounais pour contourner les sanctions visant les exportations russes d’hydrocarbures.
Sur le plan géographique, trois ports concentrent l’ensemble des immatriculations : Kribi en tête avec 15 navires, Limbé avec 13, et Douala avec 9. Cette répartition montre que le phénomène a emprunté des voies administratives bien identifiées à l’échelle nationale.
Les proportions révèlent une concentration inhabituelle. Les navires liés au registre russe représentent 27,8 % du total des pétroliers immatriculés dans le corpus examiné, et 67,6 % des seuls transporteurs de brut. De tels ratios, pour un seul émetteur étranger, posent la question du rôle que peut tenir un registre africain dans les circuits de contournement des sanctions internationales.
Le profil des navires accentue les doutes. Vingt-quatre des 37 bâtiments portaient auparavant des pavillons de pays fréquemment cités pour la souplesse de leurs procédures : Gambie, Comores, Palaos, Mozambique, Bénin, Maldives, Mali, Sierra Leone. Par ailleurs, 35 opérateurs distincts se partagent 37 navires, soit une atomisation des responsabilités qui constitue, dans le shipping international, un signal d’alerte classique.
Face à cette situation, plusieurs pays européens ont saisi formellement Yaoundé en février dernier. Bruxelles irait jusqu’à envisager de conditionner certains financements à une réforme des procédures d’attribution du pavillon. Pour leur défense, les autorités camerounaises invoquent un déficit de moyens pour vérifier l’historique des armateurs et suivre les navires en mer, tout en annonçant un texte de modernisation du secteur.
L’enjeu, au fond, est celui de la crédibilité. Un registre maritime perçu comme peu exigeant peut rapidement devenir un coût diplomatique et économique pour un pays qui cherche à consolider son image auprès de ses bailleurs et partenaires commerciaux.



