Souveraineté numérique : N’Djamena lance l’offensive diplomatique
- Le corporate
- 11 février 2026
- Editorial
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Le Tchad ne se contente plus de subir son enclavement géographique ; il entend désormais dicter ses propres règles sur l’échiquier numérique régional.
Sous l’impulsion du ministre des Télécommunications, Michel Boukar, le gouvernement tchadien vient de déclencher une manœuvre d’envergure, mêlant injonctions de fer envers les opérateurs locaux et alliances stratégiques inédites avec le Caucase. Cette nouvelle doctrine a pour objectif de transformer la vulnérabilité structurelle du pays en une indépendance technologique durable.
La volonté de reprendre la main se manifeste d’abord par un coup de semonce adressé aux acteurs de terrain. L’État a ainsi sifflé la fin de la récréation pour la SOTEL et Airtel, exigeant une révision immédiate du cadre contractuel lié à l’axe de fibre optique N’Djamena–Mberé. Long de 830 km, ce tronçon vital vers le Cameroun est resté paralysé par des clauses jugées contraires aux intérêts nationaux par le régulateur. En conditionnant la reprise des travaux à un protocole juridique plus protecteur, N’Djamena affirme que la réhabilitation de ses infrastructures ne se fera plus au détriment de sa souveraineté.
Pourtant, cette rigueur domestique ne saurait suffire sans une diversification des appuis techniques, ce qui explique le récent pivot vers l’Asie centrale. À Bakou, le Tchad a scellé un mémorandum d’entente avec l’agence numérique azerbaïdjanaise (IDDA), un partenaire choisi pour son expertise en e-gouvernance et en régulation de pointe. Ce rapprochement avec l’Azerbaïdjan, véritable hub entre deux continents, offre au Tchad une alternative précieuse pour réduire sa dépendance historique et moderniser un secteur encore marqué par le souvenir cuisant du « blackout » d’octobre 2024.
Au-delà de ces accords bilatéraux, c’est une véritable architecture de désenclavement multipolaire qui se dessine. En explorant simultanément la Dorsale transsaharienne vers la Méditerranée et de nouvelles interconnexions avec la Libye ou l’Égypte, le gouvernement tchadien multiplie les portes de sortie. Cette stratégie globale, alliant verrouillage des infrastructures au Sud et expertise caucasienne au Nord, pourrait enfin offrir au pays la stabilité numérique indispensable à son émergence économique.


