Loi de Finances 2026 : Le Gabon entre rigueur budgétaire et révolution fiscale

Adoptée le 28 octobre 2025 et ajustée le 26 novembre 2025, la Loi de Finances Initiales(LFI) 2026 du Gabon marque un tournant décisif. Entre recentrage des investissements et digitalisation massive du fisc, Libreville tente de concilier ambitions de développement et réalisme financier face aux marchés internationaux.   

Initialement plus ambitieux, le budget a été revu à la baisse de 13,3 % pour s’établir à 6 358,2 milliards FCFA. Ce pivot budgétaire ne doit rien au hasard. Il constitue une réponse directe aux réserves émises par les institutions financières internationales et, de manière plus incisive, par l’agence de notation américaine Fitch Ratings. En qualifiant les prévisions initiales d’« irréalistes », les analystes avaient pointé du doigt un risque de dérapage des finances publiques. En ajustant sa copie, le gouvernement gabonais opère une cure de réalisme pour préserver sa signature sur les marchés de capitaux.

Le volet le plus impacté par cette révision est celui des dépenses d’équipement, qui subissent une coupe drastique de 36,2 % (soit un recul net de 1 202milliards FCFA). En faisant passer l’investissement de 3 321 à 2 119 milliards FCFA, l’exécutif privilégie l’assainissement des comptes et le service de la dette au détriment de la réalisation immédiate de certains grands chantiers d’infrastructure.

À l’inverse, les charges courantes (fonctionnement) affichent une hausse de 3,6% pour atteindre 3 696,9 milliards FCFA, illustrant la difficulté de compresser les dépenses de personnel et les coûts de l’administration dans un contexte de transition.

Le pari d’une croissance dopée par la fiscalité. Pour atteindre ses objectifs de recettes fiscales (2 404 milliards FCFA), Libreville mise sur une traçabilité numérique sans précédent. D’abord, toutes les entreprises (IS, TVA, IBP) doivent désormais émettre des factures via des systèmes homologués par la DGI. Pour les clients, une dépense non appuyée par une facture électronique ne sera plus déductible des charges ou de la TVA.

Dès le1er janvier 2026, tout paiement d’impôt supérieur ou égal à 500 000 FCFA devra se faire par virement ou Mobile Money. Les grandes entreprises passeront exclusivement par la plateforme Digitax. Un crédit d’impôt est instauré pour aider les entreprises à acquérir les dispositifs de facturation électronique. Elargissement de l’assiette fiscale L’État cherche de nouvelles sources de revenus en ciblant des secteurs spécifiques. La retenue à la source sur les loyers double, passant de 5 % à 10 %, et s’étend à tous les types de locataires professionnels et publics. La taxation sur la vente de parts sociales ou d’actions passe de 20 % à 25 %. Pour les jeux de hasard, le prélèvement sur les mises augmente de 8 % à 9 %. Quant à la réforme de la patente : elle est désormais indexée sur le chiffre d’affaires (0,1 %) pour plus d’équité.

Incitations industrielles et transformation du bois

Le Gabon réaffirme sa volonté de devenir un hub industriel : exonération totale sur lesbiens d’équipement importés pour les secteurs minier, pétrolier et forestier. Pour encourager la transformation locale, les droits de sortie sont modulés. Plus le bois est transformé, moins il est taxé : 1ère transformation : 15 %, 2èmetransformation : 10 %, 3ème transformation : 3,5 %En ce qui concerne la salubrité urbaine, un taux de douane réduit à 5 % est appliqué sur les produits de première nécessité (riz, lait, farine, huile, ciment, etc.) pour contenir l’inflation. Une contribution de 9 % est instaurée sur les factures d’électricité. Elle remplace la redevance sur les ordures ménagères et financera exclusivement la salubrité (enlèvement des déchets, curage) et l’aménagement urbain. Les compteurs sociaux en sont exonérés.

Par ailleurs, les industries polluantes (pétrole, chimie, plastique) sont désormais taxées sur leurs volumes de production ou de déchets (jusqu’à 5 000 FCFA par m³ de minéraux). En contrepartie, les équipements liés aux énergies renouvelables bénéficient d’exonérations. Un droit de sortie de 1 % est créé sur les lingots d’or pour mieux capter la valeur de la production nationale. Aussi, les logiciels et licences téléchargés sont désormais soumis à une fiscalité douanière spécifique, alignant le pays sur les standards de l’économie numérique.