‎Découverte du gallium au Gabon : point et enjeux stratégiques

‎Le 11 novembre dernier, une annonce discrète mais stratégique a été faite par la société australienne Apollo Minerals Ltd : des traces significatives de gallium ont été identifiées au Gabon, sur le site de Kroussou, dans la province de la Ngounié. Cette découverte, issue de la campagne de forage 2024, révèle des teneurs atteignant jusqu’à 36 parties par million — sachant que le métal devient exploitable à partir de 30 ppm —. Elle ouvre ainsi une nouvelle voie pour l’industrie extractive gabonaise, selon la société australienne.

‎ ‎‎Métal discret mais essentiel, le gallium est classé parmi les minéraux critiques par l’Union européenne et les États-Unis. Il joue un rôle central dans la fabrication des semi-conducteurs, des LED, des écrans plats, des radars et des systèmes de communication satellitaire. Sa rareté naturelle et sa production indirecte — il n’est pas extrait directement mais récupéré lors du traitement du zinc et de l’aluminium — en font un élément stratégique. En 2025, son cours mondial oscille entre 300 et 400 dollars le kilogramme, soit 600 à 900 fois plus cher que le pétrole brut à poids égal. ‎ ‎

Pour le Gabon, les perspectives sont prometteuses. Si les teneurs sont confirmées et que le gallium est intégré dans une chaîne de traitement locale, le pays pourrait générer des bénéfices en dizaines de milliards de FCFA par an, de l’avis des spécialistes. Au-delà des revenus, cette découverte renforce l’attractivité du secteur minier gabonais, en diversifiant les filières extractives. Elle s’inscrit pleinement dans la dynamique des autorités de Libreville, qui cherchent à diversifier les sources de revenus et à réduire la dépendance aux hydrocarbures.

‎La Chine domine largement la production mondiale de gallium, avec plus de 95 % de l’offre (420 tonnes en 2022), suivie par le Japon, la Russie et la Corée du Sud. Dans ce contexte de dépendance géopolitique, la découverte gabonaise positionne le pays comme un acteur potentiel dans la chaîne d’approvisionnement des technologies de pointe.

‎Initialement, le site de Kroussou héberge un projet de zinc-plomb à grande échelle, couvrant 986,5 km², et appartenant à la société Apollo Minerals Ltd. C’est précisément cette vocation polymétallique qui rend possible la récupération du gallium.