Fonds en déshérence : la CDEC du Cameroun tient tête à la COBAC et poursuit la traque des banques récalcitrantes

La Caisse des Dépôts et Consignations (CDEC) maintient le bras de fer contre la COBAC et les banques « inciviques » qui refusent de lui transférer les fonds légalement consignés. Le Directeur Richard Evina Obam réfute les accusations de perturbation, affirmant que ses procédures judiciaires sont la seule voie républicaine après quinze ans de résistance bancaire, avec l’affaire de la banque camerounaise Afriland First Bank et ses fonds en déshérence, en ligne de mire.

Le conflit opposant la Caisse des Dépôts et Consignations (CDEC) et la Commission Bancaire d’Afrique Centrale (COBAC) monte d’un cran. Le 13 novembre 2025, le Directeur Général de la CDEC, Richard Evina Obam, a adressé une correspondance musclée au Secrétaire Général de la COBAC, en réponse à une polémique suscitée par le refus de plusieurs établissements bancaires de transférer à la CDEC les fonds qui lui sont légalement dévolus, qualifiés de banques « inciviques ».

Réfutation des accusations de perturbation

La lettre de Richard Evina Obam est une réfutation directe des accusations portées par la COBAC qui, dans une précédente communication datée du 22 octobre, avait laisséentendre que la CDEC était l’instigatrice d’une perturbation de l’activité bancaire. « J’accuse réception de votre lettre visée en référence dans laquelle vous portez à l’attention du ministre camerounais des Finances, de supposées perturbations des activités du secteur bancaire perpétrées par la Caisse des dépôts et Consignations (CDEC) ».

Ce passage met en lumière une tentative de la COBAC de blâmer la CDEC pour les perturbations, alors que celle-ci maintient que le problème réside dans le manque de civisme et de coopération des banques. Le patron de la CDEC justifie sa position en se fondant sur l’historique de l’institution. Créée en 2008 mais rendue opérationnelle par la nomination de son top management en 2023, la CDEC a connu une longue période de latence. Le DG souligne que pendant ces 15 années,« les établissements de crédits ont bénéficié de cette longue période de grâce pour se préparer au transfert des ressources dévolues à cet organisme public dédié au financement des politiques publiques ».

Richard Evina Obam déplore ainsi que, si certaines banques se sont volontairement soumises à leurs obligations, d’autres ont choisi la « voie de la résistance »en « multipliant des manœuvres nocives de lobbyings visant à contourner la voie exemplaire ». Pour clore le débat, Richard Evina Obam reste ferme sur le caractère légal des actions de son institution. « Les procédures judiciaires de la CDEC que vous assimilez à des perturbations du secteur bancaire, rentrent dans la perspective d’une démarche républicaine, irréprochable dans un État de droit… Votre volonté de dépeindre en noir la CDEC vous amène aussi à vous immiscer dans le système camerounais de cautionnement des marchés, matière qui ne relève pas de votre champ de compétence », a-t-il écrit.

Le cas Afriland First Bank au cœur du différend

Ce n’est pas la première fois que la CDEC et la COBAC se livrent à des échanges tendus. Le 11 septembre 2025, le président de la COBAC avait déjà sommé le DG de la CDEC de cesser toute action concernant les fonds de la clientèle détenus par Mobile Money Corporation (MMC), filiale de la banque camerounaise Afriland First Bank. Selon des sources concordantes, la banque fondée par Paul Fokam Kammogne détiendrait 166 milliards de FCFA de fonds en déshérence (fonds dormants) et n’aurait déclaré qu’environ 40 milliards de FCFA pour le moment.

Dans sa réponse datée du 16 octobre, le Directeur général de la CDEC rappelait à la COBAC que « la démarche de Afriland First Bank et Mobile Money Corporation visant à solliciter une nouvelle fois l’intervention de la Cobac pour contester une mesure prise dans le cadre de la réglementation nationale, dont vous êtes tenus de veiller au respect, repose, sur les bases juridiques fallacieuses », a-t-il fustiger avant de dénoncer une « énième ingérence» de la COBAC dans un domaine qui ne relève pas de ses attributions.