Bourse ou Private Equity : Les nouveaux leviers du leadership économique africain
- Le corporate
- 29 août 2025
- Editorial
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Le report de l’introduction en bourse du groupe BGFIBank relance un débat de fond : dans quelle mesure les marchés cotés demeurent-ils la voie royale pour financer la croissance des entreprises, et dans quelle mesure le private equity offre-t-il une alternative plus robuste ? Derrière cette question se cache une réalité complexe : entrer en bourse, c’est ouvrir son capital au grand public en échange de liquidité, mais c’est aussi accepter une dilution pour les actionnaires historiques et se soumettre à des exigences de transparence accrues. À l’inverse, le private equity repose sur des financements privés, souvent concentrés entre les mains de fonds spécialisés ou d’investisseurs institutionnels, apportant un accompagnement stratégique mais au prix d’une liquidité réduite sur le long terme.
Les marchés cotés : liquidité et visibilité, mais à certaines conditions
Historiquement, la bourse représentait le Graal pour une entreprise : gage de notoriété, accès à des capitaux massifs et possibilité de convertir ses titres en monnaie d’échange pour financer de nouvelles acquisitions. Les actionnaires fondateurs pouvaient y trouver un double avantage : réaliser une partie de leur investissement tout en élargissant la base d’investisseurs. Mais ce choix n’est pas sans contraintes : dilution du capital, publication régulière d’informations financières accessibles aux concurrents, et dépendance à la « beauté » perçue de l’entreprise par le marché.
En pratique, seules les sociétés de grande taille, au modèle économique simple et à la trajectoire de croissance lisible, tirent pleinement profit de la cotation. Faute de répondre à ces critères, certaines introductions se soldent par une sous-valorisation, une faible liquidité ou, dans de nombreux cas, un retrait ultérieur de la cote. Depuis vingt ans, le nombre d’entreprises cotées diminue, preuve que le marché boursier n’est pas adapté à toutes les structures.
Le private equity : rendement supérieur et gouvernance renforcée
En parallèle, le marché du private equity a connu une expansion spectaculaire. Avec près de 6 000 milliards de dollars sous gestion et une performance annuelle moyenne de plus de 13 % sur les vingt dernières années – contre environ 7 % pour les marchés cotés –, il attire fonds souverains, caisses de retraite et grandes fortunes. L’inconvénient majeur reste la liquidité : un investissement en private equity est souvent immobilisé pendant 7 à 10 ans.
Pourtant, ce verrou est compensé par d’autres avantages. Les fonds privés n’apportent pas seulement du capital, ils offrent aussi un accompagnement stratégique, de la gouvernance, du conseil en recrutement ou en acquisitions, autant de leviers qui renforcent la valeur de l’entreprise au-delà du simple financement. Là où le marché coté se contente de fournir de la liquidité, le private equity agit comme un actionnaire actif et structurant.
Entre prestige boursier et efficacité du non-coté
Trente-cinq ans plus tôt, l’introduction en bourse constituait l’horizon ultime pour tout dirigeant. Aujourd’hui, ce modèle est remis en cause. Si la bourse reste une formidable vitrine et un outil de liquidité, le private equity offre des perspectives de croissance plus stables, au prix d’une discipline de long terme.
Dans le cas de BGFIBank, l’équation est claire : entrer en bourse signifierait pour ses actionnaires historiques accepter une dilution et une exposition accrue aux marchés, mais aussi gagner en visibilité et en capacité de financement. À l’inverse, rester dans le giron du capital-investissement permettrait de maintenir un contrôle stratégique tout en s’appuyant sur des partenaires spécialisés, quitte à sacrifier la liquidité immédiate.
Le choix entre introduction en bourse et private equity n’oppose pas deux modèles incompatibles. Il révèle plutôt deux philosophies d’investissement : la première, tournée vers la liquidité et la transparence publique ; la seconde, orientée vers la performance long terme et la gouvernance active. Pour des institutions financières africaines en pleine expansion, comme BGFIBank, la décision portera moins sur une question de prestige que sur une analyse rigoureuse de leur trajectoire de croissance et de leur besoin réel en capitaux.



