PEA 2025 : Mobiliser les capitaux africains — le Gabon en première ligne contre les fuites financières

Au Gabon, les réformes engagées par le ministre en charge de l’Économie, Henri Claude Oyima, traduisent une volonté claire : renforcer la gouvernance économique, consolider la discipline budgétaire et moderniser la gestion des finances publiques afin de mieux canaliser les ressources vers les priorités de développement. Cette approche, qui repose sur une administration fiscale plus efficace, une transparence accrue dans la gestion des flux financiers et un soutien renforcé aux secteurs productifs, résonne avec force dans le dernier rapport sur les Perspectives Economiques en Afrique 2025 (PEA 2025) publié par le Fonds Africain de Développement, une institution du Groupe de la Banque Africaine de Développement (BAD).

Ce rapport souligne en effet que l’Afrique reste confrontée à des sorties massives de capitaux qui compromettent durablement son développement. En 2022, malgré 190,7 milliards de dollars d’entrées financières, le continent a enregistré près de 587 milliards de dollars de fuites. Dans ce total, environ 90 milliards sont liés aux flux financiers illicites, 275 milliards proviennent du transfert des bénéfices par les multinationales et 148 milliards découlent directement de la corruption. Ces pertes dépassent largement les apports nets de capitaux et traduisent une fragilité structurelle.

Derrière ces chiffres, l’analyse du rapport est sans détour : tant que l’Afrique ne parviendra pas à retenir et allouer efficacement son propre capital qu’il soit humain, naturel, fiscal, commercial ou financier,  les investissements mondiaux resteront insuffisants pour déclencher une véritable transformation. Le vice-président de la BAD, Kevin Urama, insiste : l’attractivité financière du continent dépend d’abord de sa capacité à gérer ses ressources internes avec rigueur et transparence.

Les recommandations avancées par la BAD s’articulent autour de trois leviers majeurs. Le premier concerne la gouvernance : une gestion macroéconomique saine, des institutions solides et un État de droit fonctionnel constituent, selon le rapport, des prérequis incontournables. Le deuxième axe touche à la mobilisation des recettes fiscales, qui passe par la numérisation des administrations, l’élargissement de l’assiette et une meilleure équité fiscale pour renforcer le contrat social avec les citoyens. Enfin, le troisième pilier vise à développer les marchés financiers africains : il s’agit d’exploiter davantage l’épargne institutionnelle, de stimuler les marchés obligataires en monnaie locale et d’harmoniser les réglementations afin de faciliter les investissements transfrontaliers.

En complément, le rapport insiste sur la nécessité d’intégrer systématiquement la comptabilisation du capital naturel dans les bilans économiques et d’imposer des règles favorisant la rétention de la valeur ajoutée locale. De telles mesures permettraient de limiter l’évasion de richesses et d’ancrer davantage la croissance dans les économies nationales.

Ainsi, le parallèle est évident : les réformes structurelles déjà amorcées au Gabon, notamment sous l’impulsion d’Henri Claude Oyima, illustrent la pertinence des orientations stratégiques mises en avant par la BAD. À travers la combinaison d’une meilleure gouvernance, d’un cadre fiscal modernisé et d’un approfondissement du marché financier local, l’exemple gabonais rejoint les conclusions du rapport continental. Dans un contexte marqué par des pertes colossales, l’Afrique dispose donc de leviers clairs pour transformer ses ressources internes en véritable moteur de croissance et réduire sa dépendance aux financements extérieurs.