Tokyo veut incarner une alternative à Pékin en Afrique

Le Japon renforce son engagement économique en Afrique, avec l’ambition de proposer une alternative à l’influence grandissante de la Chine.

A l’occasion de la conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD), tenue à Yokohama du 20 au 22 août 2025, le gouvernement japonais a annoncé une enveloppe de 5,5 milliards de dollars de prêts concessionnels, négociés avec la Banque Africaine de Développement (BAD).Ces financements s’accompagnent d’un programme de formation destiné à 30 000 experts africains en intelligence artificielle au cours des trois prochaines années.

Cette approche tranche avec celle de Pékin. Depuis deux décennies, la Chine a massivement investi dans les infrastructures africaines, injectant près de 182 milliards de dollars sous forme de prêts, mais souvent à des conditions qui pèsent lourdement sur les finances publiques des États emprunteurs. Le Japon, dont les engagements depuis 1993 totalisent environ 8,5 milliards de dollars, avance plus lentement, mais mise sur des financements plus soutenables et un accompagnement technique visant à renforcer l’autonomie des pays partenaires. L’objectif est d’éviter les écueils du surendettement tout en consolidant une image de partenaire fiable.

La philosophie japonaise repose sur le développement du capital humain et la construction d’infrastructures dites « de qualité ». Les autorités japonaises insistent sur une approche où la formation, l’éducation et le transfert de compétences comptent autant que les projets matériels. Cette stratégie se veut plus discrète mais aussi plus durable, en misant sur la montée en compétence des sociétés africaines plutôt que sur une dépendance accrue aux bailleurs.

Malgré cette orientation, la présence du secteur privé japonais reste encore limitée sur le continent. Les investissements directs étrangers demeurent modestes comparés à ceux de la Chine, même si plusieurs grandes entreprises nippones identifient aujourd’hui des perspectives dans les énergies renouvelables, les mobilités urbaines et les technologies numériques. Un baromètre publié fin 2024 faisait déjà état d’un regain d’optimisme de la part des groupes japonais implantés en Afrique, malgré les incertitudes géopolitiques et économiques.

Au-delà des flux financiers, la stratégie japonaise comporte aussi une dimension diplomatique. Tokyo cherche à se poser en médiateur entre le Nord et le Sud global, privilégiant un ton de coopération et de respect mutuel. Cette posture séduit certains pays africains soucieux de diversifier leurs partenariats, sans être enfermés dans un face-à-face exclusif avec la Chine ou les puissances occidentales.

Si le Japon n’a ni l’ampleur financière ni la rapidité d’exécution de la Chine, son approche prudente et qualitative lui permet de se positionner comme une alternative crédible. Son influence en Afrique dépendra toutefois de sa capacité à traduire son discours en investissements privés concrets, sans quoi la stratégie restera cantonnée au domaine diplomatique.